19- Robbie Steinbach et Lyn bleiler, Café Tazza, La Nouvelle Orléans

Lever dans le gris tout à fait éteint d’un ciel de neige. Petit déjeuner. Il se met à neiger. Brutalement, le ciel bleu, éclatant. Ça a été exactement comme une averse.
A midi rendez-vous avec Robbie Steinbach, un photographe de Taos. Il m’a envoyé un email, (c’est Lyn Bleiler par qui je suis arrivée ici, qui lui a dit qu’une photographe de Nice était à la Wurlitzer Foundation, etc…), pour m’inviter à prendre un pot.
Je me prépare à le rencontrer et je me dis quand même il doit avoir un site, allons-y faire un tour.
Surprise! Robbie est une femme.
Elle passe me chercher. On retrouve Lyn tout près, au cafe Tazza qui est absolument l’esprit Taos, me disent-elles.
A ce que je vois aujourd’hui un mélange très diversifié: des vieux hippies dont un qui a les cheveux qui arrivent par terre, des jeunes avec oreilles nez lèvres percés, eux ils sont dehors au soleil en pull et moi je gèle avec ma grosse veste, à l’intérieur un couple très normal avec énorme chien, 2, 3 cowboys, un groupe de copines habillées « vintage » qui rigolent au fond, un Indien, un couple tout jeune installé dans un angle et ils viennent re-remplir leur tasse au thermos sur le comptoir. Une fois qu’on a payé un café, on peut se resservir comme on veut… Entrent 2 vieux mecs plutôt pas mal genre Clint Eastwood, une grande femme en noir à l’air assez déprimé (ant) qui ressort après quelques coup d’œil égarés à l’entour, 2 autres Indiens qui rejoignent le premier au bar…

Sur les photos de Robbie: Jomo, Wendy, Chiaro, Dwight, Melody

On fait connaissance. Lyn qui revient de la Nouvelle Orléans nous en parle. La ville lui a énormément plu, on ne voit plus, en tout cas dans le centre, de trace du cyclone et des inondations. Elle ajoute que dans la ville basse ça doit être très différent.
Elle nous raconte comme les gens sont extraordinairement excentriques. Ils peuvent tranquillement arriver à un rendez vous prévu depuis des jours et vous dire:
– « Are you flexible ? Je reviens dans quelques heures il y a une fête impromptue plein de musiciens je ne voudrais manquer ça pour rien au monde, mais encore mieux venez avec nous ça va être formidable… ».
Et  ça, même à Taos, si peu conventionnel, Lyn n’avait jamais vu ni la remise de rendez-vous ni une telle fête. Etc…

Nous sortons. On promet de se revoir, elles vont m’inviter, serais-je libre. ? Ah oui je crois.

Pendant que je prépare un vague repas, Carolyn appelle sur « mon » portable prêté par ma voisine Liz, je lui propose de venir déjeuner. Et nous voilà à table, reparties dans une de nos passionnées discussions sur les relations humaines, la vie, nos vies, les photos, l’écriture, ce que ça fait quand la pièce qu’on a écrite est jouée. C’est extraordinaire aussi, me dit-elle, quand je monte sur scène, c’est comme un acte d’amour quand soudain j’avance le public là tout proche et je vais jouer ma vie celle que j’ai mise dans ma pièce et elle ajoute c’est tellement violent comme plaisir! Au fait c’est peut-être pour ça que je vis seule depuis 20 ans. Et elle s’en va. Oui, je trouve cette femme incroyable, son engagement total.

J’écris des mails, je lis, comme un dimanche on dirait, et après un dîner rapide, près du poêle, dans mon grand fauteuil vieux rose, eh bien vous le savez, j’ouvre l’ordinateur, choisis des photos et me mets à écrire.

18- Rencontre indienne, Dîner avec les autres, Incertains, les Bus à Taos

Trainaille, ne fais rien, skype à Vosves où il y a maman, Pascale et Anna, à qui je raconte l’après-midi d’hier, le ciel bleu, les gens, Taos…
Vais chercher l’imprimante qui est arrivée, la branche, « surfe » sur internet,
marche jusqu’à la bibliothèque, me trompe de rue, me perds, me retrouve à la bibliothèque universitaire, entre pour demander où est la municipale.
Un étudiant charmant, souriant, indien, se lève, grand et magnifique, et sort pour me montrer la route, avec tout le temps du monde pour m’expliquer.
Moment de grâce! Et oui. En arrivant sur la plazza je le recroise, grand sourire et petit signe de la main.

Ce soir repas avec les autres résidents.
Pamela
nous raconte sa vie entre Canada et Etats-Unis et comment en décidant de changer un peu par hasard d’université, elle se retrouve à 20 ans, sans encore être sûre de sa vocation, dans une des universités les plus huppées des Etats-Unis à suivre le cours d’un peintre New-Yorkais, qui lui déclare que si il y a une artiste ici c’est elle. Décisives paroles.

Puis Georges nous lit l’histoire de son attente à l’arrêt de bus quand une fille arrive, s’installe à côté et entame un monologue invraisemblable qui dure 20mn, qui commence par :
– « Vous devez le savoir, ici les bus c’est très incertain »,
– « Ah oui j’ai déjà remarqué » dit-il
– « Oui moi qui habite à un quart d’heure en voiture je prévois au moins une heure quand j’ai rendez-vous »
enchaîne-t-elle puis elle plonge direct sur sa fugue à 3 ans, … sa re-fugue à 10 ans … et sa vie dans la rue à partir de 12 ans, et … oui… aujourd’hui je sors de mon cours d’infirmière parce qu’à 14 ans j’ai été sauvée par une femme formidable … mais je sais même pas ce que j’en ferai de ce cours. Infirmière c’est pas pour moi, …
– « oh mon portable sonne euh excusez moi. Allo, t’es où ? Oui bon d’accord … etc…  »
Le bus arrive.
– « Au revoir »
Il a transformé ce récit tragique et probablement en partie inventé  en une comédie humaine complètement comique grâce à son immense effarement devant tant de confidences à un inconnu.

Carolyn nous joue le début d’une de ses pièces. Je trouve émouvant et beau ce qu’elle nous lit et comment elle le lit.
Ça  me fait penser à Félicie qui a sa première demain. Après elle nous parle un peu,  elle évoque cette notion de « jamais assez », dont DH Lawrence parle aussi dans le livre que je suis en train de lire. Comme il faudrait se débarrasser de cette chose qui n’est plus du désir mais plutôt de l’inassouvissement, un manque  infini, qui au lieu de se régler seul à seul, en vient à étouffer le désir de l’autre. On passe de l’étreinte à l’éteinte.
Tout en ne parlant dans ses pièces que des destins tragiques de femmes qui ont pour la plupart exister et qui étaient soit lesbiennes soit des femmes qui refusaient d’être des femmes, il s’agit en fait du sentiment amoureux et finalement cela se joue, on dirait, toujours pareil. Comment la passion, l’amour, l’amitié, l’affection se construisent et se vivent et comment l’intégrité ou le manque d’intégrité, la tolérance, la jalousie, le mensonge, la possibilité ou l’impossibilité de fidélité, la trahison, le pouvoir de l’un sur l’autre ou la volonté d’égalité vont affecter la relation. Tout ça sur le fond d’intolérance qui a exclu ce groupe, au même titre que tout autre minorité.

Comme l’autre soir retour dans la nuit. Pas de lune.

17- Doc Martins, Country Music, DJ à Taos, Taosshortz

Restaurant bar Doc Martins, bel endroit branché où les gens se retrouvent entre 16h et 18h, musique live, essentiellement country.

Aujourd’hui on y est tous pour fêter la « réembauche » d’une DJ qui, le 31 décembre dernier, avait été virée sans aucune explication, d’une station de radio où elle animait une émission, le matin tôt. Elle invitait les gens de la région pour parler de leurs projets, idées, expositions, concerts, réunions évènements ou idées de toute sorte. Elle créait des liens entre les uns et les autres. Succès. Alors ils écrivent, protestent et un mois après, le 1 février, une autre radio de Taos lui propose de reprendre cette émission.

D’où la fête avec plein de musiciens, des amis, des auditeurs, et parce qu’elle est lesbienne, plein de lesbiennes. Je me balade dans les 2 salles, bourrées à craquer, tout le monde l’embrassant, s’embrassant, la prenant dans les bras, la congratulant, et puis musique, rigolades, conversations. Je me retrouve à une table avec une femme grande et costaude, très en forme, au moins 50 ans, chef des pompiers à Questa, à une heure au nord de Taos, accompagnée d’une petite fille tout en rose qui adore les glaces, dessine sur des minuscules bouts de papier et qui est la fille de Melinda, toute blonde là-bas au bar, puis 2 vieilles dames s’installent en face de nous, habillées comme ça devait être il y a 50 ans. Liz, Pamela et George sont là. On est assez éberlué. La DJ, qui a la même tête que Higelin, Nancy je crois, avec qui Carolyn a immédiatement fait connaissance nous demande d’où on vient ce qu’on fait. Effarant, ces femmes vraiment masculines, qui ont l’air de toutes se connaître, quelques autres, sophistiquées, beaucoup plus ambigües, et ces gens absolument comme on les imagine, sans y croire: les bottes et les jeans, bien sûr, mais aussi les vestes brodées, tissées, à franges, les blousons et les chapeaux de cow-boy, gilets et jupes en daim. De plus en plus chaude, l’ambiance. Je vais écouter la musique et regarder. C’est comme au cinéma.

Par la fenêtre, splendide ciel immenses nuages effilés. ça fait bien une heure et demi qu’on est là. J’ai envie de sortir du film et de rentrer.

Surtout qu’à 19h, on va avec Pamela et George au festival du court-métrage de Taos qui a lieu ce week-end!
11 courts métrages qu’on trouve vraiment pas mal à part 2, 3, on ne peut même pas dire navets tellement c’est rien du tout. Discussion, retour dans la nuit.

 

 

16- Snow Boots, Banjo, Jam Sessions, Eskes Pub

Souvent j’écris bien tard le soir dans le fauteuil vieux rose, les pieds posés sur la plaque devant (pour protéger le parquet), confort maximum.

En fin d’après-midi,  j’ai été acheter des snow-boots dans un magasin à l’autre extrémité de la ville. J’y trouve, en essayant un nombre assez impressionnant de bottes, celles que j’ai actuellement aux pieds et qui accompagnées de chaussettes en laine me tiennent très chaud. La fille qui me fait essayer me montre comment resserrer, m’explique les différentes fabrications, me conseille plutôt cette marque vraiment plus étudiée etc… L’heure de la fermeture approche, le magasin se vide peu à peu, on se retouve à parler politique. D’abord Obama et là comme d’habitude c’est: « il est formidable mais il ne peut pas faire grand-chose avec l’opposition républicaine ».
Elle enchaîne sur Bush et ses horribles Républicains qui ont ruiné l’Amérique, et ce qu’elle ajoute alors me sidère: « Ce ne sont pas seulement des ultra libéraux prêts à tout pour avoir plus d’argent mais aussi des religieux ultra réactionnaires qui pensent que ce ne serait pas plus mal que tout se casse vraiment la gueule et qu’on en finisse avec ce monde terrestre, d’où leur politique anti écolo, guerrière, etc… Rien à foutre de nos enfants ni du monde. On profite tant qu’on peut puisqu’on est les plus riches, et, littéralement, à dieu va. Vive l’apocalypse! »
Là dans ma pièce près du poêle, je n’en suis pas encore revenue. Naïve, va!

Puis elle me parle d’elle qui a toujours travaillé dans les chaussures et partout dans le monde surtout en Europe, quand elle était chez Doc Martens, ce qui lui permettait d’assouvir sa passion des voyages me précise-t-elle.
– « J’suis guitariste, j’ai  fait partie d’un groupe de rock qui à un moment a eu pas mal de succès en Allemagne. »
– « Et maintenant » je lui demande.
– « Maintenant je me suis mise au banjo, je préfère, ça me permet de participer à des jam sessions et j’adore ça. J’aime bien aller jouer au Eskes pub. »
– « Et vous faites des balades, vous connaissez bien autour de Taos? »
– « Des randonnées ? », elle demande
– « Oui! »
– « L’hiver c’est quand même limité mais pour les rivières, vous allez trouver des endroits superbes le long de la Red River en particulier et le Rio Grande en allant vers Santa Fe y’a des coins magnifiques. Elle me montre une raquette, ancienne, dans la vitrine, l’illumination : « Voilà c’est ça qu’il faut que vous fassiez, louer une paire de raquettes, c’est pas cher, il y a même une initiation si on veut, j’ai lu la pub là dans le journal local. Tenez, prenez-le. Moi je fais ça c’est extraordinaire. Je pars seule, je repère des traces et je les suis, faut pas se perdre. Vos chaussures, là que vous venez d’acheter, elles sont parfaites pour les balades en raquettes, par contre pas de chaussettes en coton, on a trop chaud on sue et les pieds glacent. »
Tout ça très encourageant avec promesse d’elks et plein d’autres animaux, etc…
Je m’y vois, tiens, seule avec mes raquettes dans la neige au milieu des coyotes des élans et des ours !
Ou alors oui pour un petit tour prudent autour de nos chères casitas, saluer les voisins, de l’autre côté du champ, aller faire la lessive à 200m.
Echange d’adresses mails, pour quelle puisse me prévenir quand elle joue. Me dit comme ça a été agréable cette conversation et à bientôt. Et moi de même.

17h35, la nuit tombe, sans y penser, au lieu de rentrer, je tourne vers le sud puis à l’ouest là, au grand panneau peint de St François d’Assise. Flou, illumination d’un moment filé, instants colorés saisis en douceur.


Focus. Comme l’autre fois un autre monde, route qui serpente, ornières, grands champs immaculés où la neige n’a pas fondu, des moutons à l’épaisse toison, des chevaux silhouettes aplaties par la nuit, les maisons sans fioritures, construction au plus fonctionnel et au plus économique.


De temps en temps un domaine, non, un ranch, ralentir et prendre  son portail en photo sans sortir de la voiture, mais 10 mètres plus loin, une voiture de police, 2 policiers en train de vérifier l’identité d’un type. Alors je passe…

15- La Neige Toujours, Wired Cafe, Chili con Carne

Je laisse le « à suivre… », et prends la tasse posée près du poêle.

Aujourd’hui, il y avait :
Changer de voiture à Santa Fe et négocier un contrat moins cher chez un concurrent.
J’ai tout regardé sur internet, ai bien noté les propositions.
A la bibliothèque on peut téléphoner.  M’arme de courage pour ce moment, déjà en France je ne suis pas brillante pour ce genre de trucs, imaginez ici. Ah! Carolyn la combattante est là. « Oui d’accord j’appelle ». Une demi-heure de tractations pour arriver à un prix presque convenable avec en même temps, au fur et à mesure qu’elle m’explique, une conversation skype en parallèle avec JP  pour vérifier si l’american express a bien une assurance, peut-il trouver un meilleur prix… ?
Finalement rien n’en sort et on décide de remettre ça à dans 2, 3 jours.

De toute façon il s’est mis à neiger fort, on meurt de faim. On embarque pour le wired café que Carolyn adore. Chili con carne, jus de fruit bio et un labyrinthe de pièces. On s’installe dans la véranda plastique avec 2 énormes chauffages au plafond, un ruisseau, des poissons rouges. Dans le prolongement vers l’intérieur, un escalier avec une sorte de large galerie où le silence is required et une autre grande salle centrale pleine d’ordinateurs. Partout des prises pour brancher les portables, des arbres, des plantes. Juste le bar à l’entrée sans informatique. Comme d’habitude rigolade et petites nouvelles.

Quand on sort, la voiture complètement enneigée démarre et on rentre à pas de loup, j’aime bien cette incongruité, elle dit le silence et la prudence.

14- L’Elégance du Hérisson, Champagne, Mission Gallery, Chi Cong

Hier soir la conversation s’est bien déroulée. George m’a parlé de son voyage avec sa femme à Reims et d’Epernay, du champagne veuve Clicquot, des caves qu’ils ont visitées, immenses dans les anciennes mines, les crayères, m’explique-t-il, déjà exploitées du temps des Romains.
Et du livre qu’il a énormément aimé « L’Elégance du hérisson ».

Déjà le soir!
Déjà dans  mon fauteuil vieux rose, bien au chaud, pour écrire.La journée? Pas grand-chose à dire :
Déboires avec Epson qui n’accepte pas de carte de crédit de France.
Mais chance, en allant porter les déchets à trier près du bureau de Michael Knight, je le vois faire signe par la fenêtre. Epson l’a appelé. Il m’explique et les rappelle.
Là,  ¼ d’heure extraordinaire de politesses croisées et de dialogue parfaitement administratif pour vérifier oralement tout ce qui est déjà précisé sur le site le nom de l’imprimante, le nombre de cartouches, les fils fournis etc… Finalement Michael paye avec sa carte. Nous bavardons un peu, je le remercie. Sans lui, pas d’imprimante.

Balade à pied en ville.
En passant je vois la Mission Gallery et me rappelle que Rena, l’assez vieille dame rieuse qui était à notre réunion jeudi dernier, en est la propriétaire. J’entre. Elle me montre les tableaux, les gravures, les poteries, les bijoux en papier (comme toi Pascale, lui parle des tiens et elle me demande alors si tu les vernis) car Beth ne le fait pas et elle trouve que ça les rend trop fragiles, parle des jours anciens quand son mari avait créé la galerie, les rencontres avec tous les artistes venus à Taos depuis le début du siècle dernier. Moments de plaisirs partagés, du pas beaucoup d’argent, de jeunesse…
Cette galerie, oui, elle y tient, coûte que coûte, parce que c’est la fidélité à tous ces amis morts pour la plupart et la continuation de cette vie qu’ils avaient décidé de consacrer à l’art. Beauté de cette femme.
Dehors il fait blanc.

Malgré la conversation chaleureuse, le chi cong sur le parking, le nom des rues, l’étincelant réapparu qui transforme la boue en rivière tumultueuse, je rentre.

A suivre…

13- Angoisse Feuilletonesque, On a le Temps à Ranchos de Taos, DH Lawrence

Grande angoisse en ce jour limpide. Comment vais-je tenir le rythme sans intrigue feuilletonesque ? Pas de suspense. Finalement ça risque de ressembler à tout ce que je déteste en littérature, le nombrilisme. Pas du tout le souffle de la littérature américaine que j’aime tant. Bon on continue. C’est ça le défi, continuer, comme le héros du film de Tony Richardson, « La Solitude du Coureur de Fond » avec je crois, Tom Courtenay, (là, je frime un peu, même si ma mémoire fonctionne généralement pour ces anciennes dates !).
Tenir la distance, c’est ça. D’ailleurs c’est peut-être souvent de cela qu’il s’agit dans la vie, juste continuer. Ou continuer juste. Pour paraphraser Godard.

Et puis je pars au sud, à Ranchos de Taos, où j’ai aperçu en arrivant d’Albuquerque, la magnifique église souvent prise en photo. J’en fais le tour. Paix. Elle paraît très grande et très surprenante dans ce village,  qui  a gardé quelque chose de nomade, de transitoire enfin, d’un endroit où on ne reste pas.

Pourtant, derrière après l’église, en marchant un peu, une échappée entre 2 rues ouvre sur d’immenses champs fermés au loin par une mesa, comme un étage à l’horizon.

Du coup je continue, m’éloignant de cette grande route 68 de Santa Fe jusqu’à Taos où elle semble disparaître en croisant la 64 qui elle va d’ouest – de l’Utah – en est – vers l’Oklahoma. Chacun sa logique. Plus loin, de somptueuses maisons refaites à l’ancienne avec les boiseries récupérées portes, fenêtres, des maisons secondaires on dirait, vides en tout cas, mélangées à des maisons très simples avec la cheminée qui fume, les pick up garés. Les conducteurs (trices) en 4/4 ou pick up qui passent ont tous l’air étonnés de voir une piétonne. Indiens, vieux hippies, mère qui ramène ses enfants me regardent et me font un bonjour souriant auquel je réponds. On a tous l’air d’avoir le temps. Belle balade avec maintenant le soleil couchant.

La nuit tombe vite et je rentre faire mon heure de conversation française avec George.

Ce soir, un tour sur google pour Howard Zinn (l’Histoire Populaire des Etats-Unis) et The People speak, le film dans lequel il a demandé à des acteurs de lire les textes, discours, déclarations de ceux qu’on n’entend jamais, « ceux d’en bas », comme disent certains. En même temps, j’engouffre un paquet de chips,  bois un thé avant qu’il n’ait refroidi. Adaptation au milieu.

12- Dimanche à Taos, Coyotte dans la Neige, les Images de George, Emotion

Comme hier soir à force de traînailler je me suis couchée vers une heure du mat (décalage horaire parfaitement résorbé!), je décide de rester au lit.
Radio, lecture, me fais couler un bain.
La matinée passe à revoir mon montage diapo que j’aime bien mais finalement je change la musique.

Rapide déjeuner et je pars vers ce fameux Est qui monte.

Il y a bien les grands arbres, les nuages aussi pâles que la neige et le ruisseau encore plus noir d’être enserré de blanc.
Un chien gris magnifique passe à toute allure à un mètre, superbement indifférent.
Tellement indifférent que je me demande si c’est un chien. Mais quoi d’autre, un coyote ?
Qui sait, je n’en ai jamais vu.

Vite google.
Ça pourrait bien en être un,  l’allure, la taille, la localisation. Mais ses oreilles, assez longues?

Courte marche dans la neige. Sans bonnes chaussures, mes pieds se refroidissent extrêmement rapidement. Bonne excuse pour quitter ce paysage qui ne me motive pas plus que cela : ça ressemble aux approches de stations d’hiver chalets éparpillés, neige salie par trop de passages, rien ne me plaît vraiment. Sauf dans ma tête, la beauté de l’animal et celle de sa course. En redescendant en voiture je tourne vers le sud sur une grande route, un peu avant Taos, et j’ai d’un coup une vue complètement dégagée. Pas mal. Demain chaussures, avec ce soleil il faut que j’aille voir de près le Rio Grande et la Red River qui s’y jette un peu plus au nord vers le Colorado.

Je croise George, (oui ici c’est sans s) on se prend un café, on rentre ensemble et il me montre ses « images » comme il les appelle, qui sont des photos reconstruites sur photoshop. Y’en a une vraiment belle.
Et 1 montage avec des photos qu’il a retrouvées, de son père et de lui avec ses 2 frères. Je trouve ça émouvant, sans lui dire car hier il m’a expliqué qu’il voulait, dans ses oeuvres, éviter toute émotion qui risque, chez le regardeur ou le lecteur, de provoquer quelque empathie autre qu’esthétique.
Et nous voilà, sans émotion, chacun chez nous, bien tranquille et la nuit qui monte et la lune presque aussi lumineuse qu’hier soir.
Pendant que vous dormez, je vais profiter de votre nuit pour finir la soirée.

11- Dîner entre Résidents, Diaporama, Pleine Lune

Courte balade et quelques mails.
Surtout, et qui me prend, comme d’habitude, plus d’heures que prévu, préparation d’un diaporama des 10 premiers jours aux Etats-Unis pour montrer à mes co-résidents.
Ah oui  préparer une salade.

Alors évidemment je fais ça avec la fenêtre en face de moi, et je vois les arbres et la neige passer de l’éteint à l’étincelant, l’envie me prend de partir voir ce qui se passe là-bas au bout de la rue quand on tourne à l’est au lieu d’à gauche pour aller à la ville.
J’avais déjà un peu exploré mais pas très loin ce jour où la glace rendait tout vraiment glissant. Et le début m’avait plu ; on devinait la ville se perdant en vagues maisons avec voitures d’occasion, des vieux trucs traînant dans les jardins, débordant sur les trottoirs, devenant doucement campagne puis forêt. Ensuite ça montait, les arbres se resserraient en sapins sombres. Sur la carte un ruisseau serpente avec petits ponts et des rives enneigées sûrement. Non, Marie tu finis ta belle idée : un diaporama pour ce soir.
Evidemment ça commence par l’éternel souci de perfection avec attribution de secondes et de transition à chaque diapo. Je ne veux pas aller dans imovie, j’ai tout oublié. Et me voila dans iphoto, tout le monde sait s’en servir, ça doit pas être compliqué. Bien entendu je ne trouve pas comment faire pour être précise. Au bout d’un temps je vois bien qu’à ce rythme rien ne sera fait. Je peste contre internet qui vacille et m’empêche d’accéder à l’aide en ligne et me résous à l’automatisme pas si mal d’ailleurs constaterai-je une fois le montage fini.
Notre rendez-vous est à 18h et à 17h c’est prêt, oui j’ai commencé un peu tard.

Course au supermarché pour acheter de quoi faire une salade et retrouver mes 2 voisins à -5.

Nous voilà dans la première maison d’Hélène Wurlitzer, celle qu’elle a habitée pendant que l’autre était en construction. C’est notre maison commune! Pas mal du tout. On y dîne joyeusement, Carolyn commence à nous parler de son idée d’un thriller qui se passerait dans cette résidence au milieu des arbres, certains d’entre nous ne s’étant encore jamais montrer on imagine qu’effectivement des disparitions sont possibles, et puis les tensions vont bien arriver, poussons les vers de haineuses rancoeurs et jalousies…

Prudemment je ne disais rien, mais Liz savait que j’avais préparé un truc. Elle en parle et il s’avère à ma grande surprise que personne n’a rien apporté. Quoi ? mais quels sont ces Américains, moi qui croyais qu’on pouvait absolument compter sur eux ! Ou alors je ne connais pas encore le code et dire que etc… n’engageait à rien. La seule à se mouiller fut donc la brave représentante de la vieille Europe. Cette Europe jugée au long de leurs récits de séjour chez nous, fort agréable, si jolie, mais bien peu efficace. Ah ! notre signalisation routière.

Me voilà à ouvrir mon petit portable et mon haut parleur microscopique (genre 6cm2), un peu faible malgré tout dans le grand salon mais comme l’écran doit être regardé d’en face et de pas trop loin, ça ira bien. Et oui, Ils ont beaucoup aimé, me disent-ils, mais moi j’attendais une standing ovation! Bouh!

Retour à la lampe de poche à travers le champ enneigé. Liz et moi marchons prudemment dans les pas un peu trop grands de George, le pionnier, (il a tout à fait l’allure de l’aventurier nouveau monde), ça doit être assez marrant à voir les deux femmes pas très grandes allongeant leur pas, derrière la grande silhouette. Les nuages filent et découvrent la pleine lune. Bonne nuit à mes voisins qui rentrent. Je reste dehors profitant de cette laiteuse clarté, avec mon appareil, bien sûr.

Belle nuit à vous aussi.

10- Mes voisins Liz et George, Lumière, Vertige sur le Pont, Gorges du Rio Grande

J’ouvre les rideaux sur un temps blafard, me réconforte avec un délicieux petit déjeuner, vais voir George, qui est d’accord pour partager son accès internet avec moi et me propose de le payer en séances de conversation française. Pas mal. Donc j’ai enfin internet « chez moi », faiblard mais existant.

A midi, le soleil revenu, Liz m’invite à déjeuner dans un petit restaurant à côté pour me remercier de l’avoir emmenée faire ses courses en voiture.  Après le repas on s’arrête dans une librairie de livres d’occasion tenue par un vieil hippie qui sort ses livres de photos – ah tentation – mais je résiste et la semaine prochaine il apporte un livre épuisé (à lui) qu’il aime beaucoup et je dois lui montrer 4 Corners de D.Bloomfield et Lisières du Temps, mon livre sur l’imaginaire de la forêt. Au retour Cedric m’aide dans tous mes ennuis informatiques puis, lumière comme j’aime, je décide de partir vers le nord de Taos jusqu’au pont métallique qui surplombe le Rio Grande. La route, avec les montagnes autour, le soleil bientôt très bas sur l’horizon.





 Arrivée sur le pont, toujours aussi impressionnant que quand on l’avait vu avec Cécile. J’avais oublié comme il tremble à chaque voiture qui passe. Vertigineux.



Retour à la nuit tombante et essaie de travailler, pour montrer quelque chose demain. Peu convainquant.
Bonne journée à vous qui allez vous lever.