29- Navajo Trader, Courses, Photo floue

Lecture d’un drôle de bouquin « Navajo Trader » qui raconte la vie des comptoirs en territoire indien et où on voit que finalement entre individus, les choses pouvaient bien se passer et des amitiés se nouer. Gladwell Richardson  (1903-1980) a écrit plein de romans publiés sous des noms différents : john R. Winslowe, Calico Jones, Cary James, Frank Warner, Don Teton (!), Buck Coleman, Grant Maxwell, Charles Mc Adam (!) etc… Des nouvelles aussi qui paraissaient dans les journaux américains.  Ses livres eux étaient surtout publiés en Angleterre puis traduits en Espagnol, Allemand, Hollandais, Suédois… Il arrondissait ses fins de mois de commerçant en territoire navajo avec ses écrits, à peu près 300 romans.

Shopping à Albertsons en voiture avec Liz et Carolyn.

Je nourrissais les plus grands espoirs avec cette photo d’un intérieur richement décoré, devant lequel je passe un de ces soirs où je rentre à la nuit, – cette heure « entre chien et loup » comme on dit et que j’aime particulièrement avec sa lumière souvent peu réaliste. Un flou tout à fait réussi. Dommage le truc rouge et blanc à droite, est une superbe coiffe indienne et au fond dans l’ombre, invisible, donc à vos imaginations, un tableau. Devant, décollé de la table, vous l’avez repéré, un bouquet de fleurs. L’essentiel y est, ce qui m’avait tapé dans l’oeil, c’est les couleurs!  Les murs de terre sèche sont d’un ocre rose bleui par la nuit.

Ce soir qu’ai-je fait ?
Reprendre la lecture ?
Ecrire ce que fut le jour d’avant ?

28- Morada de Taos, Georgia O’Keefe, Parchemene Belle

Longue conversation avec Jean-Pierre au sujet des travaux de notre maison à Pierrefeu, enfin commencés. Il faut encore supprimer quelques trucs, donc décider de ce qu’on ne fait pas. Et ensuite Kristof nous donne son avis et c’est l’occasion de se parler, après tout ce temps sans.
Je déjeune d’une omelette aux oignons et pommes de terre. Imprime la photo des drôles d’empreintes pour les montrer à Michael. Il a la même interprétation que moi, lapin dressé sur ses pattes arrières en train d’admirer le paysage ou petit humain égaré dans le froid. Je remplis une bombonne d’eau dans la maison d’Hélène (Wurlitzer) car il y a un puits avec de l’eau délicieuse et rentre.
Des nuages dans le ciel mais la lumière promet. Je repars à pied vers la Las Cruces Drive (dead end!), où il y a le cimetière continue par la Penitentes lane (!), jusqu’à une petite église, sur le site de la Morada.

 

 

 

 

« Moradas are the sacred chapter houses  of Los Hermanos Penitentes, a lay Catholic brotherhood that emerged in New Mexico at the end of the Colonial era. The Morada de Nuestra Señora de Guadalupe is the largest and least altered  of  its  kind  in  the  state  and  is  highly  significant  to  our  understanding  of  the  Hermandad. Not  only  was Taos  a  major  stronghold  for  the  brotherhood  throughout  the  tumultuous  19th‐century  but  it  also  is  one  of  three likely  locations  where  it  originated,  the  other  two  being  Abiquiú  and  Santa  Cruz  de  la  Cañada  (Chavez  1954).

Encore caché, le soleil. Je continue sur un chemin dans une sorte de lande ouverte sur les montagnes.

Quelques arbres, une butte,  et le soleil tout d’un coup éclaire la lande et les arbres puis quand je rentrerai pas mal plus tard il y aura la fin de la lumière sur un mur de l’église. Solitude dorée.

 

 

 

Une croix noire, remplace-t-elle  celle qui a été peinte par
Georgia O’Keeffe
?

 

 

 

Personne, juste encore ce soir au loin les fumées. Et quand je repasserai près des maisons, l’odeur boisée.

Après Alamo drive la rue Kit Carson, avec la nuit.

Un message de Carolyn pour me demander si je veux l’aider demain à trouver une canne à pêche pour son spectacle. Ah oui et me dire qu’elle a trouvé un guide pour aller pêcher à la mouche.
Y’a plus qu’à! Avec LA mouche qui attrape tout dans toutes les rivières, celle qui n’imite aucun insecte,  pure création humaine, la Parmachene Belle (plumes rouges et blanches, soie jaune…) qui est aussi le titre de la pièce qu’elle joue vendredi prochain.


27- Torticolis, Hum de Taos, Sushis, Truffaut et nos Films Préférés

Cela continue, flemme et torticolis en légère amélioration. Alors je décide de rester « à la maison ». En plus il fait mauvais mais Liz ma voisine passe pour proposer un repas sushi avec George chez moi puisque j’ai la plus grande pièce.
Nous voilà partis en acheter et repas convivial mais sans la longueur française. D’ailleurs un rayon de soleil pour notre sortie.
Comme il reste plein de trucs, on décide de remettre cela ce soir avec en dessert un brownie confectionné par George.
Et là on passe une soirée à parler romans policiers et cinéma. Film préféré de Georges : Jules et Jim de Truffaut! De Liz, Lawrence d’Arabie. Et moi ? J’hésite, Le Monde d’Apu, Partie de Campagne, La Nuit du Chasseur, Pierrot le Fou, Joe Mc Cabbe, les 400 coups, Jules et Jim en fait je ne savais pas trop. Ou plutôt des cinéastes me plaisent Satjavit Ray, Renoir, Huston, Welles, Altman… Lundi flou.

Le moment – creux – de vous parler du bruit très léger et ininterrompu le hum, (‹‹‹ si vous allez en bas de page vous trouverez un enregistrement du hum!, pas si léger que ça) qui règne à Taos et dont Pamela m’a parlé tout en ajoutant qu’elle l’entendait bien la nuit, « mais n’était-ce pas le frigidaire après tout? »

26- Coop des Artistes de Taos, St Valentin, Patty Sheehan et Don Juan

POtential Anticipates Lover par Patty Sheehan

Comme les dimanches précédents, curieusement, comme si c’était inscrit, je trainaille. Me promettant d’aller me balader un peu plus tard car le temps est magnifique.
Finalement j’ai un énorme torticolis et m’entoure le cou de foulards et d’écharpe et bouquine. Mais le tableau sur le côté me requinque!

A 4h-10, George frappe à la porte. « Alors Marie, t’es prête? »  J’avais complètement oublié qu’on avait promis d’aller à la coopérative des artistes de Taos pour la St Valentin en chansons d’amour, et donner 10 dollars pour l’UNICEF Haïti, en plus ça me fait penser à Martine, en Ethiopie et qui aurait été très bien dans cet après-midi musical.
Plein de chanteurs du coin sont venus et presque tous sont bien. On se régale :
Patty Sheehan
, qui peint depuis 40 ans, a décidé de se mettre à la chanson. Ce qu’elle fait depuis 2 ans. Elle est en train de finir l’enregistrement du 2ème cd. Son premier, qui s’appelle Little Plastic Christmas Tree, est là sur le piano et elle nous dit « De toute façon je n’en vends quasiment pas, prenez en un si ça vous fait plaisir, gratuit ou mieux mettez de l’argent dans la boîte Unicef ». Ce que je fais. Elle nous a chante 4 chansons formidables dont Don Juan.Des petites histoires de rien mais sa présence, sa voix un peu usée et son humour sont magnifiques. On avait tous une seule envie, qu’elle continue.

Dîner rituel avec les wurlitziens.

Retour de nuit  avec George mais sans lampe de poche puisque sans Liz, notre éclaireuse.

25- Soirée Somos, Les Noms, Los Pandos, Taos, Alamos…

Hier, soirée lecture
avec Sean qui nous a lu une nouvelle pas vraiment folichonne, mais:
« Sean Murphy
– has published three novels (The Finished Man, The Hope Valley Hubcap King, The Time of New Weather), a nonfiction book on Zen practice (One Bird, One Stone) and four plays.  He teaches creative writing and literature at UNM-Taos and leads writing workshops around the country.  He also co-taught with Natalie Goldberg (author of Writing Down the Bones) in her series of writing and meditation seminars. Sean’s latest novel, The Time of New Weather, (January, 2005) from which he will be reading was awarded First Place for Best Novel in the National Press Women Communications Awards. »

Mirabai Starr qui a vécu enfant adolescente et jeune femme dans des communautés hippies et qui un jour « s’est tournée vers dieu » et a traduit les mystiques et nous a donc lu des fragments de ses traductions et ensuite de ses mémoires et plus précisément comment elle est passée de ses très nombreux amants hippies à une vie de nonne qui ne l’a pas non plus vraiment satisfaite est revenue au monde séculier et a enfin trouvé l’amour de sa vie, plutôt plus âgé. Et là elle nous a expliqué, ça ne m’a pas convaincu pourquoi enfin ça marchait. Une des raisons à son avis était qu’il la laissait libre de prier et d’aimer Dieu autant qu’elle en avait besoin.

Enfin pour un pur plaisir, Jenny Bird qui vient d’enregistrer un cd: Mystic Muses, où elle a mis en musique et chante les traductions de son amie Miabai Starr. Et ça j’ai beaucoup aimé.

Voilà, comme m’ont dit mes voisins, c’était très intéressant de participer à une soirée comme ça où tout le monde se connaît et se congratule. Et de toute façon nous faisions partie du spectacle. Quelques personnes déjà rencontrées nous présentant à tous. Et comme à chaque fois enthousiasme fortement exprimé à l’annonce de nos spécialités. Et revu Bill Ebie et sa femme qui ont une passion pour les coyotes, m’avaient-ils dit quand je lui avais raconté mon histoire de chien indifférent.

– « Ai-je bien reçu les photos de coyotes venus voir sa maison l’autre soir. »
– « Oui ils ont l’air tout à fait à l’aise, tranquilles, chez eux, quoi! »

Pour revenir à cette histoire des noms, c’est bizarre que je ne me les rappelle pas. Alors que l’exactitude encyclopédique de Pierre Lieutaghi me fascine ou celle de l’écrivain indien Scott Momaday et son livre sur les noms.
Justement, l’autre fois Michael nous avait parlé des noms d’ici:
Los Pandos veut dire tournant et bossu. Dans cette rue qui tourne beaucoup, habitaient, paraît-il, un bossu et sa mère bossue.
Taos veut dire saule rouge, Alamos peuplier…

Aujourd’hui, courte balade d’abord le long du Rio Grande en haut, très impressionnant, puis je descends dans les gorges à l’endroit où le Rio Pueblo se jette dans le Rio Grande. C’est l’arrivée de la balade que je compte faire peut-être avec George et Carolyn et qui part du no man’s land où j’avais rencontré avec la femme aux 6 chiens.

Une fois encore, retour enluminé comme dirait Rimbaud.

Le soir, invitation avec Carolyn chez une amie à elle. Plein de monde, de tous âges, chacun a apporté un plat plein de bons trucs, du vin dont un Côte du Rhône déjà bu (c’est la Française qui parle!), mais je tombe sur un vin américain pas mauvais. On parle un peu et peu à peu, des musiciens commencent à jouer, improvisent… On ne connaît personne, on décide d’aller se coucher.

 

24- Lera Auerbach, Empreintes, Oies du Canada

Il y a quelques jours est arrivée une jeune femme née en Sibérie, vers les 35 ans, musicienne. L’air de rien, si, l’air russe: Lera Auerbach

Et j’apprends par Pamela et Liz (qui sait tout de chacun de nous) qu’elle est  une pianiste mondialement connue et que ses oeuvres sont jouées partout.

« Valeria Averbakh est célèbre dans tout le monde civilisé (mais, hélas, pas en Russie) en tant que Lera Auerbach. C’est parfaitement compréhensible. Originaire de Tcheliabinsk (dans l’Oural) et pianiste prodige, elle effectuait une tournée à New York à 17 ans en été 1991. Et elle a décidé de rester aux Etats-Unis. Ainsi, Lera n’est jamais devenue Valeria, et le diminutif de son prénom lui a « collé » à la peau pour toujours. 

Aujourd’hui, Lera Auerbach est « l’un des compositeurs contemporains les plus prometteurs » (extrait de The New York Times). Ses œuvres ont été interprétées par des musiciens russes de renom: par exemple, le violoniste Gidon Kremer et son orchestre Kremerata Baltica. La majeure partie de son répertoire pour piano inclut les romantiques allemands et les classiques russes du XIXe siècle, et dans son art de la composition elle semble être influencée par la tradition de Sergueï Rachmaninov et d’Alfred Schnittke, qu’elle ne cache pas même dans les titres de certaines de ses œuvres. L’une de ses compositions les plus connues, le Sogno di Stabat Mater, est une sorte de dialogue avec l’original Stabat Mater de Jean-Baptiste Pergolèse… Dmitri Babitch

Venue ici se reposer (?) entre concerts et création.

15h, retour au Rio Grande par le sud. A un moment une sorte de rivière glacée, avec des pas, traces légèrement translucides. Je descends sur les bords enneigés. Au-delà des saules rouges je vois l’eau vive là où arrive ma rivière glacée. En baissant les yeux pour passer de la terre à la glace les traces de 2 pieds pas tout à fait des pieds sont là à mes pieds, bien étranges avec leur 10cm de long.

Des pattes arrières de lièvre ou d’un petit humain pas fini?
Des saules rouges ou du Pacifique ?
Des oies canadiennes ces canards en noir et blanc?
Des peupliers ces grands arbres dorés?
Je ne sais pas.

Je ne me suis jamais précisément intéressée ni aux animaux ni aux fleurs ni aux arbres, non mon penchant (comme on disait précieusement dans les siècles précédents) pour la nature semble élémentaire, un goût pour le paysage du très proche au très lointain, contempler le détail de l’eau, voir la forêt à hauteur d’enfant ou des vastes paysages sans âge à travers l’infime trou percé dans une boîte en bois. Un espace et un temps sans date ni repère, une sorte de fil ininterrompu entre le passé qui m’habite sans cesse et la conscience que j’ai de moi au présent; Près des rivières, des roches je perds cette auto-conscience qui me poursuit et me gêne. Elle se dissout enfin dans un sentiment très fort d’appartenance à ce monde sans questionnement existentiel. Il est. Point barre.

J’y vis avec le plaisir sans borne de la contemplation solitaire. Pas de contradicteur, pas de doute. La souveraineté de suivre son propre rythme même s’il est à contretemps des autres. Ça ne se voit pas, et même si ça se voyait, on s’en fout. Je suis bien.

23- Le Goût de Taos, Le Rio Grande vu de près, les Saules Rouges

Alors que les paysages d’ici ne sont pas ceux que je préfère du sud ouest, je comprends les gens qui sont venus habiter à Taos. Malgré les soûlos (tiens aucune idée de l’orthographe de ce mot), les énormes écarts de ressource, grâce à la diversité des peuples qui se sont mélangés ici après les massacres, quelque chose lie les gens. Il y a un goût très fort pour le pays qu’ils habitent et le sentiment d’appartenance à ce pays est tangible.

Les signes tribaux dont tu me parles Jacqueline, ça va être autre chose. Du temps beaucoup de temps pour faire connaissance, rencontrer. Je ne sais pas provoquer, juste attendre le hasard, regarder.
Hier, il y a eu le signe tribal négatif. Taos faisant partie du territoire indien, ce qu’ils considèrent comme terre sacrée, est fermé. C’est comme ça que je me suis retrouvée au bout de la rue Las Cruces (qui commence presque sur la Plaza, centre historique de Taos) face à  « no trespassing », et ses habituels barbelés.
Dans les années cinquante les Indiens faisaient partie de la ville. Ils n’y viennent plus beaucoup, y sont de passage, on dirait, même si en fait très peu d’entre eux  habitent l’ancien village, Taos Pueblo.
Ils habitent souvent les banlieues où j’ai roulé certaines fins d’après midi. Très rude beauté: maisons posées sur le sol, on dirait provisoires ou en attente d’un ailleurs plus définitif, moyens limités, quelquefois des chevaux dans les immenses champs, des vaches, des tas de bois qui ont l’air home made, et en même temps à leur fenêtre les plus belles vues, à l’infini, au loin pures lignes montagneuses sous des ciels immenses. Quand je sors de la voiture pour juste regarder ou photographier, que le soir avance, il y a la brume bleutée et odorante des fumées qui efface presque les carcasses des voitures aplaties dans la neige, les ferrailles et autres récupérations. Odeur de pin, du genévrier ou du cèdre que j’emporte jusqu’à « ma maison » comme disent les enfants, oui ça me rappelle toutes mes fumées de pin ou de chêne de nos feux d’enfance!

Aujourd’hui, je pars avec Carolyn, vers les gorges du Rio Grande que nous traversons par le fameux très haut pont qui tremble fort quand un camion passe.

Sur la carte, j’ai vu une route de l’autre côté de la rivière, d’abord toute droite et sans aucune vue sur l’eau, juste les bords de la profonde entaille qui inscrivent une longue ligne sombre à la surface si plate de la mesa.
Soudain ça descend sec, la terre remplace l’asphalte. En quelques tournants nous nous retrouvons au fond des gorges.

D’en bas on est surpris par l’ampleur de la vue.  L’étroitesse qu’on perçoit d’en haut a disparu. Nous continuons. Assez loin un pont avec le soleil à ras des hautes falaises, nous nous arrêtons, je me promène un peu, on reprend la voiture. Nouvel arrêt, pour moi un début de repérage, enfin. C’est splendide et tranquille. Plein d’oiseaux.

Le soleil a disparu derrière, nous remontons par la grande route qui rejoint Taos par le sud, soleil à nouveau. Pass with care.

 

22- Chez Hélène Wurlitzer avec Michael Knight, Morada, Penitentes

14h, nous avons rendez vous avec Michael qui nous fait une visite commentée de la maison d’Hélène Wurlitzer.

Une maison habitée comme il nous dit pour résumer.
C’est cela, on sent qu’elle a tout aimé ici, les cadeaux qu’on lui a faits, les choses qu’elle a choisies d’ici ou au long de ses voyages.
La maison est entièrement faite en adobe et avec des bois d’arbres de la région.
Une maison où elle a accueilli plein d’artistes, en toute liberté de temps et d’action.
Michael, de pièce en pièce, nous redit comme il tient à rester fidèle à cette philosophie : Discrétion autour du lieu afin que chaque artiste, ici, puisse comme il l’entend ou le peut, créer, ouvrir d’autres voies, se reposer, réfléchir.

Tiens j’entends le vent ce soir. La journée a été magnifique, lever avec une très fine poudre neigeuse une sorte de matin du monde, immaculé et clair.

Après la visite, je suis partie à pied voir le coucher de soleil, approchant des montagnes roses encore, se bleutant avec le soleil de plus en plus bas, et lorsque je me retournais un ciel assez somptueux vermillon, gris mauve derrière les rideaux d’arbre.

Juste avant la nuit je suis arrivée, à l’angle de la rue Las Cruces et Penitentes drive, au cimetière dont nous avait parlé Michael, avec toutes ses tombes, décorées, colorées, fleuries sur le fond assombri maintenant des montagnes

Trop sombre pour aller jusqu’à la Morada de Nuestra Señora de Guadalupe.Encore plus loin, au bout du chemin je tombe sur un panneau « No trespassing, taos pueblo tribal land. »
Un nouveau dead end.
Fin de la balade.

Et juste là au moment où je repasse devant le cimetière arrive Pamela qui avait eu la même curiosité que moi. On refait le tour et on rentre ensemble. Chaleureux dans la nuit.

Le poêle ronfle, je tire les rideaux, ça devient chez moi cette petite maison loin de tous les miens, dans ce pays qui reste si rude avec plein d’endroits pas du tout domestiqués, si on peut dire. Ce soir je me coucherai tôt.

21- Melody Gardot, 0ld State road 570, Dead End, Rio Pueblo

Il neige. Pamela, la peintre canadienne m’a emailé hier soir pour me dire qu’elle passerait ce matin. Un paquet à mon nom est arrivé chez elle.
Je lui offre un thé. Elle m’avait déjà dit qu’elle ne pensait pas forcément peindre ici. Qu’elle allait d’abord explorer, regarder, se balader à bicyclette.
« Par exemple me raconte-t-elle, tous les soirs je vais au même endroit, dans la rue Kit Carson là où elle se perd dans la nature et pendant 20mn,  je regarde le soleil se coucher. En l’occurence à cause des montagnes, il monte plutôt, il disparaît d’abord des champs puis des arbres et finit par cette ligne dorée jaune rouge pâle suivant les soirs à la limite des crêtes… »
Elle lit plein de trucs, dont l’histoire de l’Espagne parce que me dit-elle:
« Ils ont envahi le Nouveau Mexique, et ça m’intéresse de comprendre comment ça s’est fait ici.  »
Je lui parle des récits de Las Casas que cite Howard Zinn dans son histoire américaine, puis évidemment on en vient aux « natives », on parle du Cantique de la Plaine de Nancy Huston (Canadienne elle aussi) et de Dalva de Jim Harrisson.

A 14h, George arrive pour sa conversation française avec un article en Français sur la chanteuse Melody Gardot dont il vient de découvrir les chansons et qu’il adore.
Le temps de le lire, de le comprendre plus les quelques dérives sur des expressions comme:
 » j’en ai mare », « je n’y arrive pas » et l’histoire du « ferme ta bouche ».
C’est la 3ème personne depuis que je suis ici qui me cite le livre de classe dans lequel il y a comme traduction de « shut up » « ferme ta bouche ».
– « Personne n’utilise cette phrase en France sauf face à ceux qui parle la bouche pleine. »
On passe ensuite en Anglais et en Français (l’heure est finie) à American Beauty qu’il vient de revoir sur son ordinateur.

Malgré le temps maussade, je pars dans mes alentours de Taos en allant chaque fois un peu plus loin. Aujourd’hui, je prends à droite et là  BLUEBERRY HILL rd dans les nuages et le soleil, ça me fait penser à la bande dessinée de Giraud.

 

Redevient « urbain », rebrousse chemin et me retrouve dans un paysage à l’infini vers le sud, avec les montagnes au loin, les buissons noirs sur la neige les maisons indiennes qui ont l’air d’avoir été apportées et posées là avec le fouillis autour plus ou moins développé quelquefois un ou deux chevaux, la vieille voiture familière…

 

La route devient piste et débouche après quelques miles sur « old state road 570 », me dit le panneau, que je prends à droite.

Brutalement plus de route. Des gros rochers la ferment. Je suis là depuis un quart d’heure à regarder, à photographier le rien, dans un froid assez glacé d’après midi sans soleil.
Absolument solitaire, croyais-je, lorsque je vois apparaître des silhouettes improbables (à se frotter les yeux pour être sûr): Une femme avec 6 chiens et un chapeau de cow boy sur queue de cheval approche, venue de loin très loin. Une voiture tout aussi improbable arrive par la même route que moi et s’engage sur la piste où elle avance. Elle leur adresse un signe de bonjour. Les chiens courent devant elle.

– « C’est quoi là cette immense faille qui se perd au loin » je lui crie.
– « Dead end », elle me répond croyant probablement que je lui demande des nouvelles de la route. Il y avait le vent et nous n’étions pas tout près. Je m’étais dit parlons lui avant que les chiens, qui me font toujours peur, me sautent dessus. Mais les chiens, parfaitement bien élevés, pas du tout ni excités ni agressifs lui obéissent. Je repose ma question dans une proximité augmentée par l’immensité nue autour de nous. Elle m’explique que cette faille continue sur des miles et que le Rio Pueblo qu’on ne voit pas d’où on est, se jette là-bas, elle me montre le nord ouest, dans le Rio Grande.
– « On peut y aller », je demande ?
– « Sans voiture oui, mais c’est loin. »
– « Combien ? »
– « Une heure et demi, vous descendez, là, dans la continuité de la route il y a une piste qui longe la rivière jusqu’au Rio Grande. »
– « Ah ben j’essaierai quand il fera meilleur. »
Salutations usuelles, elle reprend sa voiture moi la mienne, bien au chaud. Retour par l’ancienne 570 jusqu’à sa rencontre avec la highway qui va d’Espanola à Taos. Terrain connu. Les phares s’allument, je passe devant l’église de Ranchos de Taos et par la route du côté que j’aime bien jusqu’à chez moi.

 

20- Dans le Maine, C’est autre chose la Neige, On part à Santa Fe, Tepee

Levée assez tôt, je tire les rideaux et la neige tombe, probablement depuis quelques heures.
Silence feutré.

C’est aujourd’hui que je dois aller à Santa Fe rendre la voiture et en prendre une autre chez un loueur beaucoup moins cher.
Je commence à penser ça recommence ça va pas encore être pour aujourd’hui.
Petit déjeuner, imprimer les plans, horaires du musée Georgia O’Keefe, ai-je des mails, aller voir Michael car l’évier est bouché, et le chauffe-eau à gaz dans la cuisine sent quelquefois, mon paquet de France avec tous mes carnets n’est toujours pas arrivé, tout pour retarder le moment décisif.
Car Carolyn la fameuse m’a dit hier:
– « Marie on y va, dans le Maine c’est autre chose la neige, c’est de la rigolade ici, on va pas sans cesse remettre à demain… »
– « Ok »
Je ne vais quand même pas moi l’aventurière d’antan me dégonfler!

Tiens les fils électriques n’ont pas tenu!

Après avoir vu Michael, nous partons. Aucun problème. Les routes ont déjà été salées.
Le paysage est assez incroyable: la neige les nuages bas, les brusques échappées orangées dans le gris épais du ciel.

Puis un passage de montées et descentes impressionnantes, le Rio Grande qui coule vite, impression qu’il a grossi depuis presque 3 semaines qu’on est là.

Arrivée sur Santa Fe enneigée. On trouve notre nouveau loueur et là on obtient je ne sais trop comment un prix encore plus bas que le prix qu’on avait négocié au téléphone quelques jours plus tôt. Le type en face plutôt sympa, déjà étonné qu’on arrive de Taos,  a l’air de nous trouver assez bizarres. Il nous demande ce qu’on fait à Taos. Carolyn lui explique, ça lui plaît  beaucoup et il nous parle avec fierté du Nouvau Mexique:
– « Oh oui il y a de quoi faire ici pour des artistes et oui sans voiture vous allez rater pas mal de trucs. »
Alors tout d’un coup, il accepte de retirer les 75 dollars de frais parce que je rends  la voiture à Albuquerque.
Dans la foulée on lui demande si ça peut pas encore baisser comme je garde la voiture plus de 2 mois, il accepte etc…
Par contre il n’a pas de voiture car on ne l’avait pas prévenu du jour où on venait. Ce qui s’avèrera une chance.
Il nous promet qu’une voiture rentre dans l’après midi.
– « Allez déjeuner, derrière la station service là-bas il y a un des meilleurs bars de Santa Fe ».
On y va. Bon repas.
Quand on revient, on le trouve en train de laver une énorme voiture genre « van ». Elle est pour NOUS! On pourra même organiser des journées pique nique quand il se mettra à faire meilleur.

Trop tard pour le musée alors on rentre avec le soleil qui sort. Lumière ouatée ou claire, d’un orangé éblouissant à notre arrivée à Taos.

Saut chez Liz qui nous invite pour un café, il est 18h elle est en train de dîner, on papote et je rentre écrire et lire. Un peu crevée quand même.