39 – Séverin, Rio Hondo, Valdez, Patrick et François Rabath

Mail de Pascale: Séverin est mort dans un attentat suicide à Kaboul.

Une semaine après l’incinération de Narda. Nous pensons à Vincent, Colette, Elizabeth, Perle, les enfants. Non, nous ne pensons plus. Abasourdis, silencieux.  Violence de gens qui meurent pour en tuer d’autres, désespérés mais aussi brutaux, sans pensée humaine, complètement déréglés. A l’image de la haine et de l’intolérance qui montent, à des degrés divers, mais un peu partout.
La mort s’approche, on a l’impression que tout s’accélère vers un changement qui paraît pour l’instant terriblement négatif. Ici il y a des gens qui chaque semaine vont prier à l’église, ou au lac des premiers hommes pour que l’humanité, le monde retrouvent un équilibre…
Longue conversation teintée de tristesse avec Pascale.

A 10h30,
Patrick arrive.
Cela va me sortir des pensées pour Narda et Séverin.
Nous partons vers Coyote Creek, prenons quelques photos de repérage puis redescendons.

Passons par Valdez, nom donné à tout un ensemble de fermes sur les mesas qui entourent les rives du canyon où coule le rio Hondo. On prend des pistes, on se perd retrouve la rivière. On explore différents endroits. C’est assez beau avec d’un côté des landes et rochers qui descendent jusqu’au lit du Rio et de l’autre des a pics sombres. Je prends quelques photos avec mon sténopé.

Il fait tellement bon qu’on regrette de ne pas avoir pris de piquenique. Patrick, compositeur et contrebassiste,  me parle des 7 mois passés en France pour prendre des leçons avec François Rabath qu’il considère comme un guru de la contrebasse. Me raconte qu’il a une bourse d’un an pour faire un livre qu’il voudrait holographique et musical pour lier les photos qu’il prend depuis 10 ans des maisons abandonnées du nord du Nouveau Mexique, la musique qu’il compose et ce qu’il écrit.
Imite sans cesse mon accent français. Je lui dis qu’en 7 mois, il devrait parler Français, il me dit qu’il se débrouille dans les trucs de tous les jours mais ne peut pas parler de ses projets etc… dans ma langue.

En nous perdant, nous trouvons 2 maisons qu’il n’avait jamais vues. Photos pendant que je continue à pied. Il me rattrapera plus loin. La piste suit maintenant le rio Hondo jusqu’à sa jonction avec le rio Grande. « Non » me dit Patrick, « ici tout le monde dit le RIO! ». OK.

On traverse le pont, admire les pêcheurs à la mouche qui n’ont pas l’air d’attraper grand’chose. On hésite à remonter par la rive opposée et nous décidons finalement de remonter du même côté pour aller reconnaître une courte piste qui a l’air de s’approcher du RIO – donc -, à un endroit très sauvage et qu’il ne connaît pas. Nous voilà embarqués dans un mélange de neige, glace ou boue suivant les endroits! Au bout, l’entaille, les gorges, avec à certains endroits qui avancent sur le vide, des vues à couper le souffle sur la rivière en bas, très bas, et au loin, après les landes et les buissons de sauge d’ici gris cendré, oui au très loin les montagnes plus ou moins effilées.

La nuit tombe et je pense à Séverin et Vincent, Colette, Baptiste et tous les autres de la famille.

38 – Tire Factory, Ballon, Arroyo Seco, DG Nanouk Okpik et Cathy Strisik

A 8h30, je pars chercher la roue. Tout se passe au mieux, la roue est remontée en un clin d’œil, les pneus gonflés et le type me fait une lettre pour dire que la valve était défectueuse et il l’a gardée pour la joindre. Donc je ne paierai pas les 80 dollars de déplacement. Pendant que tout se fait, je regarde autour.  Au moins une douzaine de mécaniciens, Anglos, Hispaniques, Indiens. Une sorte de contremaître qui contrôle la rapidité du travail. La pauvreté saute aux yeux. Entre 2 réparations, ils se mettent le long du bâtiment et fument au soleil. Dans le bureau, tout est rutilant pubs pour voitures et pour pneus. Grand écran télé au mur avec une dizaine de sièges pour les clients spectateurs. Film policier.

En sortant du garage je vois un ballon qui va me suivre jusqu’à « la maison », entre guillemets, comme d’habitude.

Vers midi j’ai rendez-vous avec Carolyn pour aller voir la maison de Dorothy Brett, au début de la route qui va à Arroyo Seco, étrange village hippie. Ensuite, on continue et traverse pour aller piqueniquer un peu plus haut. Route de plus en plus belle, des chemins entre les champs ou qui mènent à des fermes, des Charolais, des Angus, des chevaux, et dans le ciel plein de corbeaux, de pies, de pigeons sauvages, de rouge gorge… Je reviendrai.

Le repas, délicieux – rouleaux de printemps, sushis ultra frais, oranges – s’éternise en une grande discussion sur les relations amoureuses. Peut-on vivre à deux?

Immédiateté tyrannique, plus d’espace pour la latence qui constitue la beauté du désir, la délicatesse et la trame indéchirable tendue contre l’ennui. L’ennui, celui de la mort des envies, de l’assoupissement de la vie, oubli des autres, de soi. Cette latence qui garderait vive la saveur de nos jours et de nos nuits, adoucirait les peurs obscures qui nous troublent au fond, éclaircirait le tain si facilement terni de nos échanges. Donnerait le temps au temps. Etc…

Ce soir je retrouve Robbie la photographe et Pamela pour une nouvelle soirée lecture SOMOS, cette fois au café Tazza.

Poetry by okpik and Strisik

« dg Nanouk Okpik, an Alskan native, and Cathy Strisik, a long-time Taos poet, will present their work  at Caffé Tazza, 122 Kit Carson Road, Friday (Feb. 26), 7 p.m..
Okpik, a member of the Inupiat tribe, currently lives in Santa Fe. She will present an introduction to the Inuit spirit world through her poetry. “The Inuit words and the English words are always seeking embodiment which is crucial to the journey as I free them to do their unique work,” dg nanouk okpik says.
And, Catherine Strisik, a Taos writer for 27 years, will read from her book, “Thousand Cricket Song,” which was just published Feb. 8. Strisik’s book was inspired by a two-week visit she took to Cambodia five years ago. She and her daughter accompanied her husband to a reunion with Ouk Damry, a refugee he befriended while doing humanitarian work as a physician in Cambodia in 1980. »

Robbie a apporté les 2 livres qu’elle a mis en page et fait imprimer sur internet, sur son séjour à Venise. Un avec les photos en couleur et son journal et l’autre en noir et blanc avec simplement quelques citations sur Venise. Elle me les prête.

Commence la lecture avec DG Nanouk Okpik, et c’est à nouveau tout à fait beau, cette façon d’écrire puis de lire l’Anglais qui n’est pas habituelle et redonne saveur et force aux mots autrement. Ça donne au texte pour moi, étrangère, en tout cas quelque chose qui me fait penser comme pour James Thomas Stevens entendu la semaine dernière, à l’enregistrement que j’avais entendu de Dylan Thomas, poète gallois, entrain de lire Under Milk Wood. Peut être le même décalage entre un poète celte et la langue anglaise qu’entre des poètes de culture indienne et la langue américaine. Distance des vaincus d’un temps à une langue qu’ils se réapproprient autrement. Refus d’une civilisation qui a voulu les éliminer ou les écraser.
Je vais la voir et lui raconte mon histoire de poète gallois. Elle me saute au cou, m’étreint et dit : « It’s my favourite poet. I love him. Je le lis tout le temps! » On parle alors des images des rythmes d’une manière de superposer plusieurs images et de les emmêler au récit etc… C’est bien bon cette simplicité directe, échange sans apprêt ni sophistication non plus. Elle va m’envoyer son bouquin et y écrire quelque chose pour moi. Moins intéressée par les poèmes sur son expérience cambodgienne de Catherine Strisik.

 

 

 

 

Retour à pied dans la nuit froide, veille de pleine lune, avec Pamela.

 

37 – Recommencer, pneus et valves, Tokinish = Wake him

Ce matin je lis, regarde la neige tomber, bois un thé. Vais faire la lessive. Liz arrive. Pendant que mes affaires sèchent et que les siennes lavent, on bavarde. Liz me demande si je reviendrais dans la même résidence, je lui dis que oui, que revenir serait bien pour consolider des liens et finalement j’aime l’idée de continuer, creuser le même sillon. Elle non, elle préfère explorer d’autres pistes, rencontrer d’autres environnements.

Je rentre déjeuner, il est presque 2h. Je trie les photos et puis vais retrouver Carolyn désespérée par une mauvaise critique. On se retrouve à la bibliothèque. On va voir Michael, on discute de la critique puis de la pièce que Carolyn veut écrire sur Dorothy Brett, des tableaux dont elle voudrait la reproduction, etc…

Je demande à Michael s’il veut bien regarder un truc qui s’allume sur le tableau de bord de la voiture. Il m’explique que ce sont les pneus qui ne sont pas assez gonflés. Qu’à cela ne tienne il a ce qu’il faut. Il regonfle un pneu et au moment de retirer le compresseur, la valve vient avec. Nous voilà parties pour une heure d’entretien avec le loueur, qui envoie le dépanneur qui vient changer le pneu pour être sûr qu’on ne fasse pas de bêtise ! Puis on va chez Tire Factory pour laisser la roue. On lui demande s’il pense que la valve pourrait être défectueuse, puisque le pneu se dégonflait. Il nous dit que oui ça arrive assez souvent nous promet la roue réparée pour le lendemain matin et aussi de regarder pour la valve.

Je rentre, fatiguée de n’avoir pas fait grand’chose. Me met à lire les poésies de James Thomas Stevens avec au début de Tokinish, une citation de John Donne: « But yet the body is his book »

 

Tocketussaxêitch?      What is your name

Nnishoshem                 I am alone

 

 

 

 

Essaie d’écrire. Rien rien rien… Le blanc.
Le jour se couche, derrière les arbres, à l’ouest.

36 – Okhai Owingeh, Abiquiu, Ghost Ranch, Georgia O’Keefe

A 8h15, Carolyn, Pamela et moi retrouvons Robbie devant la poste de Ranchos de Taos. Elle nous emmène sur les terres de Georgia O’Keeffe. A un moment, on roule depuis pas mal de temps, à gauche de la highway, nous voyons les crêtes des Sangre de Cristo, surlignées de blanc éclatant, une trainée vive presqu’irréelle. La neige fouettée par le vent probablement.

Arrivons à Okhai Owingeh (San Juan). Nous visitons  les deux églises du pueblo avec Robert Gress, indien Crow. Il fait aussi des bijoux.
La première avec cet autel qui raconte la vie de cette Indienne, et du miracle de la guérison de sa mère… Je ne me rappelle plus vraiment. Redemander.
La deuxième est copiée sur la Sainte Chapelle de Paris.

Nous continuons ensuite jusqu’à Abiquiu que nous avions raté avec Cécile en 2006, et qui est un tout petit village où a vécu Georgia O’Keefe. Quelques une de ses toiles autour de chez elle:

Puis nous nous baladons dans tous ces lieux qu’elle a peints: Abiquiu, Ghost Ranch, où elle pouvait se retirer loin de tout, the « Pedernal », les Terres Blanches, la Chama river…

On parle de tout ce qu’on a vu, on longe la Chama river, les montagnes de Georgia O’Keeffe, on se tait.

35 – Narda, Traces, Froid de Glace

Temps blanc.

Narda est morte. Eloise me rappelle ce souvenir: Narda nous avait envoyé pour sa naissance un trèfle à quatre feuilles que nous lui avions donné plus tard.
Bien qu’elle ne l’ait pas revue depuis des années elle a tenu à accompagner Jean-Pierre et son parrain, Vincent, et tous les autres,  famille et amis à l’incinération, au cimetière du Père Lachaise.
Je repense à ces années où on se retrouvait au « Moulin de Narda », où on a tellement ri et fait de choses, entre autres kayak,  pizzas et pain dans le four à bois, jeux en tous genres, saucissons et boudins,  transformer la crème fraîche (qui accompagne les mûres) en beurre rien qu’en tournant sa cuillère dans l’assiette et refaire le monde en parlant jusqu’au bout de la nuit.

Narda qui à chaque nouvelle année nous écrivait une longue et magnifique lettre dans laquelle elle réinventait notre vie à partir des photos que je lui envoyais et nous donnait de ses nouvelles. Un récit surprenant et affectueux. La famille de toujours.

Il est déjà 5h. Le soleil éclatant me pousse dehors. Obsessive, je retourne sur ma lande, aujourd’hui, brillante et sous une neige épaisse. La voiture sous la neige, le cimetière… Je pars jusqu’à l’autre croix claire aperçue l’autre jour. Je croise plein de traces d’animaux rapides. Quelques semelles humaines. Froid de glace.

Après le dîner je prépare mes affaires.
Demain nous partons tôt avec Robbie Steinbach qui nous emmène, Carolyn et Pamela et moi, pour Abiquiu.
C’est là qu’habitait et peignait Georgia O’Keefe.

Oublier. Se souvenir.

 


34 – Temps maussade, Exotisme, Coller au Monde

Il a neigé toute la nuit.

Annulation de la balade avec Patrick vers Coyote Creek, de l’autre côté de la montagne.
J’en profite pour voir avec Cedric l’histoire du blog. Trop compliqué de changer.
Reste calfeutrée à l’abri à lire et trier les photos. La neige est épaisse, le temps maussade.
Il reneige.

Je relis de très anciennes notes. Ah! L’exotisme – Saba en est – ne s’attache pas, puisqu’aussitôt familier il a perdu son exotisme. Libres les pas de celui qui se nourrit d’exotisme. Fermer enfin ces dures années qu’on n’écrit plus. Ou alors pour poser des conditions. Puis plus du tout. La gorge trop serrée, l’étouffement guette. Alors s’échappe la plainte très triste du manque d’amour. Où sont les mots qui décrivaient la saveur du monde, les exaltations, qui disait l’amour, les promesses, l’ivresse? 

Il serait bon de retrouver les latences adolescentes quand le temps avait le temps.
Le temps douloureux reprendrait des couleurs et de nos langueurs ennuyées naîtraient ces moments forts d’amour et de beauté. On collerait à nouveau au monde. Ne pas oublier avant même de l’avoir magnifié qu’on a aimé?

Gris dehors. Chaud dedans. Arriverai-je à lier les différentes écritures celle du regarder en photographiant, celle du comprendre en écrivant ? Pas encore.

33 – Vent froid, Rose tendre tout là-bas vers le sud

Dimanche.

Le soleil peu à peu disparaît.

 

 

 

 

 

La lande encore.
Une brume épaisse arrive poussée par un vent froid et violent par saccade. Froid porté par le vent dont j’entends le souffle soudain. Et s’apaiser. Juste la brume qui continue d’avancer.

Se résorbe.
Dans ces ouvertures, le soleil  adouci, tout là-bas vers le sud, a rosi la ligne de crêtes.
Nuance d’autant plus tendre, avec ce premier plan dur, si blanc de neige, si noir de buissons. Tout bleui de la nuit qui tombe.
Pas plus d’une minute, ça a duré.

 

 

Somptueux moment de solitude contemplative.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En repartant, dans la maison du cimetière, une dame passe devant la fenêtre, quelquefois ils sont deux près du feu.
Ce soir je serais volontiers rester tranquille au chaud, « chez moi » sans dîner entre voisins.
Je n’ai pas prévenu, il est 6h, j’ai promis le riz pour accompagner les légumes sautés. Alors j’arrive à 6h30, la casserole à la main. Pour un bon moment finalement et un délicieux repas.

Dans ma tête, le rose filé de la Morada.

32 – Danses aztèques, Labyrinthe, Respiration sur la Lande

Passe pas mal de temps à essayer de joindre Vosves. Laisse un message. Continue de mettre en ligne sur wordpress les premiers articles.

Sur la plaza, des danseurs aztèques ont fini de danser. Les tambours se sont tus. Ils bavardent avec les spectateurs en remballant. Un petit garçon est en train de faire des grosses boules en papier d’argent qu’ils apportent à ses parents, à côté en train de piqueniquer.

Je prends la Morada Lane pour aller « faire » le labyrinthe. Il paraît que suivre silencieusement la route circulaire pour arriver au centre est comme une méditation: on passe sans cesse du cerveau droit au cerveau gauche au fur et à mesure qu’on s’éloigne s’approche et qu’on fait des demi tours.  Pas de méditation pour moi, trop occupée à regarder autour probablement. Je vois sur la roche posée au centre un collier, des pièces, des billets, des papiers porteurs de messages de paix, d’amour ou des poèmes, coincés sous des cailloux soigneusement choisis on dirait, souvent pliés en 4 pour se protéger de la neige.

 

 

 

Je vois qu’on peut passer sur le côté  et probablement rejoindre cette lande indienne qui continue loin.

J’y vais. Traverse le fossé. Juste derrière, la maison de Mabel Dodge Luhan.

Le vent se lève, recouvre le bleu du ciel de nuées blanches qui s’épaississent, s’éloignent.
Les montagnes apparaissent disparaissent.
Une étrange respiration sur la lande.

Je regarde, certaine que les animaux vont filer là devant moi.
Non.
Rien.

Le vent tombe, la tempête est passée, loin d’ici.
Je reviens tranquillement vers la ville.

En ville, 2 petites filles courent le long de la façade d’une autre église.
Le temps de sortir l’appareil…

31 – SOMOS, Carolyn Gage, James Thomas Steven

Alors aujourd’hui, temps moyen, réveillée tard, je continue le blog. Ça me prend la tête ce truc, comme d’habitude c’est quand j’ai envie de finir vite que le programme soit ne marche pas très bien soit je ne sais pas comment m’en servir, peu importe, même résultat, ça va 3 fois moins vite que ça devrait.

19h, soirée lecture. En attendant que ça commence, on bavarde. Robbie Steinbach, photographe est venue et on se revoit avec plaisir. Elle prépare une exposition qui commence le 13 mars. Me demande si ça va bien si je fais des photos, oui bien sûr ça avance doucement. Nous propose d’aller à Albiquiu où elle a habité 5 ans, mercredi prochain sauf neige épaisse! Sont là ce soir Rena, et Bill Ebie et sa femme, la peintre chanteuse Patty Sheehan… Je sors beaucoup plus qu’à Nice, on dirait.
Article du Taos News
  sur la soirée organisée par SOMOS (Society Of the Muses Of the Southwest)
dans l’ancienne maison de Mabel Dodge Luhan.

J’y suis venue avec optimisme car ce soir sont invités:
James Thomas Stevens à lire des extraits de ses livres
Carolyn à jouer une partie d’une de ses pièces.

Dès que James Thomas Stevens commence à lire, c’est formidable.
Entre autres une série de poèmes mohawk, qu’il a traduits en deux versions, la traduction anglaise et la traduction personnelle autrement dit ce que devient ce poème réinventé à son usage personnel.
La lecture dans les « trois langues », si on peut dire, est formidable.
Une manière d’expliquer, précise-t-il, comment tous ces textes, transmis de veillée en veillée se transformaient avec chaque personne qui les disait.

Jacqueline voilà ma première « approche ». Il a vécu au Canada et ailleurs et habite depuis un an près de Santa Fe. Sa mère est mohawk (gardons le nom connu même si c’est celui que leur donnaient les ennemis et qu’il traduit par « cannibale ». Je trouve sur internet « mangeur de chair » et eux s’appellent « le peuple du silex »).

 

Son père gallois se plaît a lui répéter que c’est de lui, du peuple de Galles qu’il tient ses dons! Sa décision de devenir poète à été définitive le jour où un professeur leur a dit en classe:
– « La poésie c’est l’orchestration du silence ». Son père quand il rentrait le soir après le travail, et que ses nombreux enfants lui posaient des questions, leur répondait : »Je n’ai plus de mots. »
– « Chez les Indiens, » ajoute-t-il « le silence est partie prenante de l’histoire qu’on raconte. La poésie aussi parce qu’elle dit les choses en beaucoup moins de mots que les romans. Ça me convient. »
Comme dans le jazz de Miles Davis?

 

 

 

 

 

 

C’est le tour de Carolyn et c’est aussi magnifique, vivant, rapide.

Tout le monde rit et en même temps il y a toute la douleur de ces deux femmes du XIXème, “Fly Rod” Crosby et son Annie Oakley », rejetées, pas aimées, trop différentes.

Pamela, Carolyn et moi allons dîner au Doc Martins. Chaude la discussion entre nous Amérique/Canada/France, femmes mariées/femmes lesbiennes, le théâtre/la peinture/la photo, etc…

Et on rentre, en beauté. Le labyrinthe juste là où on est garé, dans les phares, c’est pour demain?

 

30- Forêt Kit Carson, Dorothy Brett, Blog, Ken Russell, Pascale Ferran

Après déjeuner je passe chercher Carolyn qui me lit le début de la pièce sur Dorothy Brett, qu’elle est en train d’écrire. Encore une de ces incroyables femmes venues s’installer à Taos.

Nous partons nous balader dans la forêt Kit Carson, en route on croise ce garçon, juste avant l’église:
-« Bonjour! Comment tu t’appelles ? Incroyable ton tshirt. »
-« Bobo. Et toi? »
– « Marie »
– « Marie… alors si tu veux tu peux prendre une photo de moi avec mon tshirt à la vierge! ».
– « Donne moi ton mail et je t’enverrai la photo. »

On continue sur les chemins encore un peu boueux, quelquefois neigeux mais grand soleil, température à retirer veste et pull. Un régal avec la vue sur Taos, et  – comme d’habitude, les montagnes.

Carolyn me parle de faire un blog,
-« C’est facile. On va chez toi et je te montre ».
J’ai bien compris le principe, mais de temps en temps,  sans que je sache vraiment pourquoi  les éléments  – textes et photos – refusent de garder la place que je leur ai attribuée. Alors vous me connaissez, je vais m’acharner Et malgré le temps toujours aussi somptueux à la fenêtre je ne décollerai pas de l’ordinateur avant minuit. Avec satisfaction quand même, je le vois prendre forme.

Après la séance blog, j’ai revu Women in Love le film de Ken Russel, adapté du livre de DH Lawrence, qui m’a moins plu que le souvenir que j’en avais.
Je l’avais vu à sa sortie en 1969.
Je préfère dans la série des films lawrenciens celui que Pascale Ferran a adapté de l’Amant de Lady Chatterley qui réussit sans d’énormes moyens à presque nous faire aimer ce cher Lawrence auquel je m’intéresse en ce moment  parce qu’il a vécu ici et que j’ai enfin réussi à le lire un peu.
Pour en revenir au film j’ai aimé l’approche et le choix des acteurs et, comme dit le critique du monde:
l’âpreté rayonnante de la chair.
et qu’elle prenne son temps pour raconter l’histoire, complètement dans l’esprit de Lawrence.