59 – Rencontre avec Bruce et Michael, Blizzard, Home Sweet Home

Ménage à fond. A 11h Bruce poète et photographe arrive avec du café, des croissants et de la marmelade. Puis Michael juste après. Nous nous installons, je propose un thé à Michael.

Bruce a apporté 4 photos que nous regardons. J’aime énormément celle du village avec le rio au premier plan et celle des montagnes. Je montre les photos  de rivière. On parle du projet d’une collaboration avec plusieurs regards, textes, photos, musique peut-être…

Bruce Gomez - Winter sunset at Taos Pueblo - - - Marie Baille - Conversation

Ils se souviennent tous les deux du Taos de leur enfance où tous se connaissaient où il y avait sur la plaza l’épicerie, 2 ou 3 bars, le magasin où on trouve tout… ça coûtait 50 cents pour un taxi aller retour du pueblo à la plaza. Je pose des questions sur un chemin sur la lande derrière la Morada, qui part de la maison de Mabel Dodge Luhan et dont j’avais supposé qu’il reliait Taos Pueblo à la plaza.

– « Oui, dit Bruce, Mabel Dodge Luhan nous avait donné ce droit de passage! ».
La conversation continue. Nous disons qu’il faut réfléchir, voir ce qu’on peut faire, se revoir.
Tout d’un coup, Bruce doit partir, Michael aussi. On se dit à bientôt.

Je déjeune, lis, entends le vent souffler plus fort, la lumière change complètement, le ciel s’obscurcit. Et la neige commence à tomber, épaisse, lourde.

Qu’il fait bon au chaud, dans mon fauteuil vieux rose. Dans la nuit, nos casitas pour apprivoiser le bleu si froid.

58 – Matériel Photo et Préparation Psychologique au Développement, Coïncidences, Carolyn peint, Dead Man Cell Phone

Ayant décidé de développer moi-même mes films, je me lance dans l’exploration de ce qui se trouve dans la pièce « à réparer », derrière la cuisine, et qui sert de réserve à tout: meubles, mes légumes, des emballages de toute sorte, des sacs de ciment, plâtre… et du matériel photo donné à la Fondation par la photographe écossaise qui a habité dans cette maison. Les produits sont arrivés hier. Y’a plus qu’à.

Mais, chance, il manque un thermomètre. Je vais donc voir Michael pour lui demander s’il y aurait de l’équipement photo ailleurs. Quand j’arrive dans son bureau, il est au téléphone. Me fait signe d’entrer. Il est en train de parler avec Bruce,  pueblo marié avec Anne Marie Emanuelli dont la mère est française, de St Mandrier près de Toulon. Ah les coïncidences! Depuis notre conversation de l’autre fois Michael m’explique qu’il s’est un peu renseigné auprès de ses amis et voilà, Bruce est photographe et écrit. Il a pensé que ce genre de rapprochement était le meilleur.

A ma surprise, le rendez-vous a été décidé pour demain vers 11h00 et Michael propose de venir aussi. Je suis vraiment contente, le remercie. Evidemment on s’installe pour bavarder un peu. De nos enfants, des temps qui changent, d’Eloïse et de son voyage d’un an avec Marins sans Frontière sur le bateau au Mozambique, avec Jacky et Martine, de reliure d’art puis du théâtre et de Félicie, du petit livre que nous avons fait toutes les trois sur Pierrefeu, eh oui il faut que je pense à lui montrer…

George arrive en tenue de cycliste (je regrette de ne pas avoir mon appareil photo, il est parfait),

– « Alors Michael as-tu décidé ? La Fondation serait-elle prête à me vendre ce vélo que j’adore? »
– « Non, je ne crois pas, j’ai regardé c’est le seul grand vélo et puis c’est une donation, non je ne peux pas. »
Désolation chez George qui est décidément très attaché à ce vélo, on dirait, et qui m’avait déjà expliqué ce matin comment il l’enverrait ou peut-être il rentrerait chez lui, en Basse Californie à vélo, voyons combien ça prendrait de temps…. Il insiste un peu pour la plaisanterie.
– « Non, non mais je t’aime beaucoup George » dit Michael. Ce qui clôt le sujet.

Détour par chez Carolyn, plein soleil. Pamela et elle sont installées dehors, fraises, thé, biscuits ET PEINTURE. Carolyn s’entraîne pour son projet de rétable. Couleurs acryliques, pinceaux, bois, tout est là, mais avant de se lancer, il fallait que Pamela soit présente pour l’aider à passer à l’acte pictural et il faut aussi qu’elle se débarrasse de toutes ces références catholiques, couronne d’épines, gouttes de sang, croix, anges. Elle a déjà peint tout ça sur une grande feuille blanche.
– « Quoi d’autre?
– « La vierge »je lui dis.
– « Ah non je ne peux pas peindre les gens »
– « Peins la de dos »
– « Ah oui je vais faire tous les personnages de dos. C’est à ça qu’on reconnaîtra un « Carolyn Gage ». Ma marque de fabrique. »

Demain tempête de neige paraît-il au Nouveau Mexique on rigole, tellement le ciel est absolument bleu.

A 6h30, Liz, George et moi partons dîner chez Graham. On trouve une paire de lunettes psychédilique.
Le restaurant est bourré. On se retrouve au bar, ce qu’adore George qui peut regarder tout ce qui se passe, écouter, et « draguer » les serveuses!
Liz et moi avons les jambes dans le vide mais le dîner est  délicieux. Décidément Taos est une pas mauvaise adresse.

Arrivons au théâtre pour voir la pièceDead Man Cell Phone de Sarah Ruhl, dramaturge très jouée aux Etats-Unis. Pas mal, drôle, vivant. C’est évidemment Liz qui nous a convaincus de l’accompagner, en plus on était au premier rang à ras des acteurs.

Retour dans la nuit, mais vous le savez déjà, Liz a sa lampe de poche.

Donc bonne soirée.

PS
George avait accompagné son commentaire (voir ci-dessous) sur ces innombrables petites bouteilles au bord des route avec cette photo:

57 – Rio Pueblo de Taos, Old 570 Trail, Graffitis, Pilar

Repas et conversation française avec George. Comme d’habitude ça se prolonge et je lui propose qu’on aille ensemble au Rio Grande pour essayer ce chemin qui remonte jusqu’à la 570, là où j’avais rencontré la femme aux 6 chiens un soir blafard.

On passe par le haut pont sur les gorges, puis la rim road qui se transforme en piste et descend jusqu’au petit pont en bas, où arrive le rio Pueblo de Taos.

Le long de la rivière, c’est beau, très chaud aussi. Peu à peu le chemin s’élève, devient minuscule, s’élargit à nouveau. Des jeunes sont en train de traverser le rio en bas, 2 d’entre eux sont dans l’eau qui est très très froide. Rires, cris, glissades. Il y a encore de la neige et de la glace aux endroits tout le temps à l’ombre. On continue, je repère des endroits qui me plaisent. Prends quelques photos avec le sténopé. Contraste très fort entre les parties du canyon à l’ombre et celles au soleil. Arrivés presqu’en haut, la voiture violette donnera le ton.

On arrive à l’ancienne 570, devenue la Cr110, plein de graffitis sur des rochers puis ce qui reste d’un pont un peu plus loin.

Douceur de la descente pour le retour. Le soleil passe la limite du canyon. Nous quittons la lumière très blanche qui écrasait le paysage. L’ombre nous rend la lisibilité des formes et des couleurs. Et c’est comme si la possibilité de lire le paysage lui redonnait une sorte d’humanité. George m’attend pendant que je descends à un élargissement de la rivière, repérer et photographier. Je reviendrai. Plein d’endroits à contempler.

C’est le soir, on roule le long du Rio Grande vers le sud jusqu’à Pilar où on rejoint la grande route qui remonte vers Taos, les montagnes au loin toujours.

La nuit tombe. Comme d’hab, chacun dans sa casita.

Demain, George me racontera qu’il a fêté la St Patrick en ville.

56 – Discussion avec Michael, Sanctuaire de Chimayo, Film d’Howard Zinn avec Pamela

Longue discussion avec Michael, on commence par choisir un thé dans la cuisine. On s’installe dans sa grande pièce et nous voilà partis à parler de l’état du monde,  de la global economy, des Indiens d’ici et d’Inde, de son petit fils que lui et sa femme aiment  tant garder même quand il faut se lever la nuit, ses parents se séparent et c’est difficile pour Alexander et si on peut aider pour que les choses se passent au mieux, et puis finalement une heure et demi plus tard, je lui parle de mon idée de monter un projet avec des écrits des Indiens d’ici et mes photos de rivières. Je lui montre les photos que j’ai apportées. L’idée lui plait,
– « Oui j’ai une grande amie peintre qui est indienne, je vais voir avec elle et je te redis… »  Et il ajoute:
– « Tu vas à Chimayo, non? Regarde devant le sanctuaire il y a côte a côte les tombes de mes grand-parents Ortiz ».
Rentre chez moi, enfile une veste, prends mon appareil photo et pars pour Chimayo.
En écho, à l’endroit du miracle dans la petite chapelle, il y aura cet enfant si attentif.

Plein de monde aujourd’hui, tant pis. Visite du sanctuaire, très beau, des petites salles sur le côté, où les gens peuvent venir se recueillir, prier, laisser des mots, des rosaires, les béquilles une fois guéris… Car ici des miracles ont lieu.
En 1810, un moine a soudain vu une lumière éblouissante. En creusant il a trouvé le crucifix miraculeux de El Senor de Esquipulas. Un prêtre a rapporté 3 fois le crucifix à Santa Cruz, et 3 fois le crucifix a disparu et a été ensuite retrouvé dans le même trou. La troisième fois tout le monde a su que El Senor de Esquipulas voulait rester à Chimayo. Une petite chapelle fut construite sur ce site. Les miracles ont commencé et bientôt, la chapelle fut remplacée par le sanctuaire actuel. Et le crucifix de l’autel a perdu son pouvoir miraculeux au profit de la terre de ce trou.

En sortant je prends rendez-vous avec Dora. C’est elle qui a les clés de la chapelle de Truchas. Et près du parking il y a cet homme qui fait des petites croix en fil avec juste des successions de noeuds.

Dans le village, je flâne, prends un café et tombe sur cet établi. Ces croix sont faites avec les tuiles anciennes du sanctuaire par Bobby Garcia. Je rentre par la très belle haute route de montagne.

Arrive juste à temps pour partir avec Pamela voir le film de Howard Zinn dans lequel il a demandé à des acteurs et des chanteurs de prêter leur voix à toutes les « voix du peuple » qui se sont élevées pour combattre les grandes injustices, oppressions de l’histoire américaine.
Matt Damon a contribué à produire le film. Magnifique.

Bonne nuit, chacune rentre chez elle.

55 – Temps gris, Superbe Fête, Musique et Rencontres, Artistes et Terre

Patrick (dont j’avais plus ou moins refusé il y a 4, 5 jours l’invitation à une fête pour les natifs des 13, 14,15 mars et la Saint Patrick pour ceux dont les ancêtres étaient arrivés d’Irlande), m’envoie un mail « Marie, halte à la timidité, je viens te chercher à 18h00. C’est chez un ami qui fait de belles fêtes conviviales et musicales, tu viens. » Très hésitante, mais cette insistance chaleureuse me convainc. A 18h00, ce qui me surprend car ici tout le monde est toujours au moins un peu en retard, Luhan, sa femme avec un gâteau (à bougies fines multicolores et en tire-bouchon) sur les genoux et sont là.

On arrive dans la maison du copain avec vue à tomber par terre comme souvent ici, et effectivement la très grande pièce parait parfaite pour les fêtes. Chacun a apporté quelque chose. Les gens continuent d’arriver. On mange, on boit, on rigole, les musiciens installent leurs instruments.

Patrick me présente à Lee, photographe, à Farida, Française d’origine algérienne, chanteuse et qui habite Taos depuis 14 ans, une femme d’origine irlandaise complètement marrante et exubérante vient me parler, je ne sais plus son nom, je retrouve la copine de Carolyn, Alex qui nous avait invitées à cette soirée où j’avais rencontré Luhan et Patrick.

Luhan-Alex

Caryn

D’autres de la même soirée sont là, me disent bonjour, parlent un peu. Et puis Patrick me présente Mark, et on commence une très longue discussion sur ce qu’il fait, vidéo, musique me dit qu’il va me donner un enregistrement à emporter, ce que je fais à Taos, la vie en France, sa femme Caryn entre dans la conversation, me demande si Taos tient la comparaison avec ce superbe pays qu’est la France, me disent ce qu’ils aiment tant ici, l’espace à perte de vue et les gens, moi c’est que les artistes que j’ai rencontrés ont tous un lien avec la terre, une  simplicité et un goût pour rencontrer d’autres artistes, et qu’en France je connais ça dans un petit village, Pierrefeu, où la lumière est un peu la même, la rudesse aussi, etc… comme si on se connaissait depuis toujours.

La musique commence, on ne s’entend plus, juste le temps de me dire qu’ils veulent que je vienne dîner chez eux, échange d’adresses mail.

On danse, on écoute.

A un moment la moitié des musiciens « plient bagage ». Des gens partent. On reste une douzaine.

Les musiciens commencent à improviser d’abord une sorte de tango, puis des trucs plus jazz. Il y a un pianiste, Steve je crois, Gus qui joue de la guitare, Farida qui chante, un violoniste et Patrick à la basse. Steve quitte le piano pour danser. Luhan le rejoint.

Je parle avec notre hôte dont je ne connais pas le nom et dont les peintures-collages sont un peu partout dans la pièce. Et c’est presque la fin de la soirée, juste le temps de faire plus ample connaissance avec le pianiste qui vient me voir et m’explique qu’il se balade partout tout le temps ramasse plein de trucs, que finalement c’est à partir de ça qu’il crée parce qu’il ne voit pas comment faire mieux. « Il va falloir que je me décide à les vendre, demi-sourire, je suis en train de devenir très pauvre. » Patrick range sa contrebasse, on dit au revoir à tout le monde, Farida parle un peu de sa vie ici, adore Taos, sa sœur habite Nice, on promet de se revoir. Notre hôte nous raccompagne, Lee me dit: « Marie, we must talk again », mais on n’a pas parlé du tout.
On se quitte, on arrive chez moi et je remercie Patrick et Luhan de m’avoir un peu forcé la main pour passer une superbe 3eme fête d’anniversaire.

54 – Anniversaire avec Famille, Amis, Discussion Photo, Apéro à la Taos Inn, Musique avec Bill Hearne.

Changement d’heure cette nuit. Ouvre mes mails, lis avec plaisir un long message de Jean-Pierre, ceux de la famille, des amis qui me souhaitent un bon anniversaire, Un SMS de Félicie… Ça sonne, skype m’appelle. Pascale et Maman me souhaitent un bon anniversaire de vive voix et évidemment on reste à parler une bonne heure, puis Cedric se joint à nous, je dis au revoir. Ça re-sonne, c’est Eloïse sans micro, alors je lui parle et elle écrit. Etrange impression. Mais on échange les nouvelles et « Bon anniversaire, maman ». Chaud au cœur. Envoi de mails de remerciement.

Très tard, juste le temps d’une douche et en avant pour la discussion.

En passant, cette affiche. Howard Zinn est mort le 27 janvier juste quand j’arrivais à Taos et j’ai écouté plein d’émissions sur lui en particulier celles de Democracy now. J’essaierai d’y aller avec Pamela. Elle m’a pas mal parlé de lui. Admiration.

Très peu de monde à la discussion mais du coup on parle vraiment de photo, de peinture, de la vie. On continue la conversation à la Taos Inn autour d’un verre. Je dis que c’est mon anniversaire. Cheers, Santé…  à l’exposition et à moi. Moment d’amitié? On se connait si peu. Des musiciens arrivent et Pattie qui les connaît tous, (Elle habitait Los Angeles avant et nous parle de Supertramp,  de Jim Morrisson, joue de la guitare, chante) nous dit:
– « c’est Bill Hearne, il est formidable il chantait en duo avec sa femme maintenant elle ne peut plus voyager. Le trio là est bien. »

Steve lui aussi a été musicien et a rencontré Neil Young. Dans la salle debout là-bas il y a le fils de John Huston et une de ses sœurs (hélas ce n’est pas Angelica) qui écoutent, etc…

Musique et oui c’est bien. Un couple puis deux dansent. Gracieux. On repartira tard, dans la nuit, embrassades.
C’était pas prévu. C’était bien.

En rentrant je regarderai sur internet ce que je trouve sur Supertramp et coïncidence, pour Breakfast in America, dont nous a parlé Pattie, voilà ce que dit wikipedia:

 

 

« Breakfast in America features a number of songs played on Wurlitzer electric piano, displaying its most distinctive abilities. (In particular, the different sounds made by the Wurlitzer depending on how hard it is played – songs such as Child of Vision or The Logical Song are built upon this sound.) The peculiar sound of the Wurlitzer had already been put forth in older songs such as Dreamer or Lady but never so extensively into an entire album, making Breakfast in America one of the best examples of the possibilities offered by this instrument. »

LE PIANO ELECTRIQUE WURLITZER

« La plupart des pianistes qui ont écouté Supertramp ont remarqué la place importante que tiennent les claviers dans les arrangements et en premier lieu, le piano électrique Wurlitzer. Contrairement aux groupes en vogue à l’époque qui utilisaient le Fender Rhodes, le choix du Wurlitzer était un pari risqué. Heureusement, la sonorité de cet instrument que l’on pouvait entendre dans le What I’d Say de Ray Charles, prend une nouvelle direction sous les doigts de Rick Davies ou de Roger Hodgson. Délaissant l’amplification à lampe pour la nouvelle version à transistor, et conjointement utilisé avec des pédales (notamment flanger et chorus), le piano électrique Wurlitzer est devenu quelque part l’emblème du son Supertramp. Présent essentiellement dans les morceaux rapides, le jeu utilisé par Davies ou Hodgson sur le Wurlitzer est très rythmé, jouant sur la dynamique de l’attaque (il suffit d’écouter The Logical Songpour s’en convaincre).
Si au point de vue toucher le Wurlitzer est plus léger que le Fender Rhodes (comme son poids), la sonorité du Wurlitzer est globalement plus tranchante que celle du Fender Rhodes, notamment au niveau des basses. Mais la grande différence est dans le sustain (tenue du son) qui est beaucoup plus court chez le Wurlitzer, ce qui oblige le pianiste à modifier son jeu en conséquence. Davies et Hodgson ont parfaitement compris ce handicap et l’ont retourné à leur avantage en intégrant parfaitement l’instrument dans leurs arrangements. Dans un jeu favorisant les accords secs et répétés le Rhodes manque d’efficacité alors que le Wurlitzer répond parfaitement à cette exigence. »

Bon petit déjeuner en France!

Et voici le fameux son du logical song

 

 

 

 

53 – Elégance à la Française, Vernissage Photo à la Wilder Nightingale Gallery, Joyeux Dîner au Love Apple

Matin paresseux.
George passe vers 11h, me voit en vague pyjama vieux t-shirts avec pantalon en laine, poches aux genoux, grosses chaussettes faisant office de chaussons, une élégance très française, je le sens à son regard. Il voit que je vois et me dit avec un grand sourire, « tu es prête à sortir, à ce que je vois ». « Euh je travaille ». Air goguenard. « Bon tu sais ce soir on sort, à quelle heure on se retrouve?…

Repas succinct, petit tour en ville.

On se retrouve comme convenu, à 17h30 à la Wilder Nightingale Gallery pour le vernissage:

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Pamela est déjà partie, mais il y a Nancy, la femme peintre de l’autre fois, Heather, Jim le mari de Robbie, Steve Immel, Cris Pulos, Pattie Traynor, Doug  Yeager… les photographes avec qui on parle des photos qu’on aime, on rit, on boit, on regarde encore les photos. Et puis on se dit à demain pour la discussion.

Liz George et moi partons dîner dans un restaurant au nord de Taos, le Love Apple, pour fêter mon anniversaire. Délicieux repas, vin de France (pas chauvine du tout), ambiance vraiment chaleureuse. On parle de la résidence, des rencontres, de ce qu’on fait, des autres, du vernissage, de la neige, de nos familles… Belle soirée sans photos. Repos. On rentre, s’embrasse encore dans la nuit, devant nos casitas et chacun chez soi. Douceur de ces moments.

 

52 – Salon de Coiffure « in », Tournevis, Imprécations, Soleil et Roches au Rio Grande

Somptueuse journée ensoleillée.

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Ce matin rendez-vous chez le coiffeur branché de Taos, en face du musée.

Quand j’avais vu cet endroit en me baladant le soir, je l’avais trouvé magnifique, des tableaux qui me plaisaient, de beaux meubles, pas de lumière blafarde, un espace ouvert mais plein de recoins et donc une certaine intimité, chaque personne plus ou moins séparée des autres par un angle ou un bout de paroi, une atmosphère tranquille quand j’étais entrée me renseigner. Donc m’y voici et oui c’est exactement comme j’avais imaginé. Je peux même me regarder dans la glace et la fille qui me coupe les cheveux, enceinte de 8 mois, très paisible. Quand elle me demande ce que je veux et que je réponds comme vous pensez, pas du tout désarçonnée, d’accord me dit-elle. En sortant, inutile de tout défaire et secouer en tout sens, la coupe est, je crois, très jolie!

Alors quand même vous dire que c’est le salon de coiffure où Julia Roberts vient. Elle a un ranch à côté. Encore Liz,  toujours au courant de tout qui m’en a parlé, et « Marie tu devrais demander le prix avant de prendre rendez-vous. » Ce que je n’ai évidemment pas fait. Grace à Dieu, juste avant de partir pour le rendez-vous, elle m’appelle: « Marie je connais le prix, dans les 35-40 dollars. »  « Pas trop cher, » je lui dis « considérant que ça fait musée, salon de coiffure et on peut se regarder dans la glace. »

Après un déjeuner succinct, départ pour Chimayo. Eviter cette rue centrale de Taos à la circulation ininterrompue, du matin au soir et tous les jours de la semaine. Par diverses routes, macadam ou terre, en passant une fois de plus dans un quartier « suburbain », autre mais le même, grandes maisons roulantes, posées, et elles n’iront pas plus loin.

Puis la voiture police, les policiers en train de vérifier les identités de 4 types en pick-up, même scène sauf qu’aujourd’hui ils lèvent la tête pour voir qui passe. Rejoins la Highway 68 à Ranchos de Taos qui va au fameux sanctuaire de Chimayo, via Espanola. Dépasse tous ces endroits où on voit les gorges du Rio, oui le grand, mais vous vous souvenez ici on dit juste Rio, puis la descente, puis l’endroit où on peut rejoindre le Rio en voiture, puis cet endroit un peu plus élevé d’où on voit de la voiture, la rivière, le pont en bois, je descends. Première imprécation. Puis les petits rapides, les rochers.

Aujourd’hui beaucoup d’eau et de lumière. Je  prends quelques photos de la route. M’arrête sur un parking et m’approche du bord, ça a l’air très beau en bas. Plantes accrocheuses, buissons, pierres et rochers, cactus encore brunis par le froid et qu’on ne distingue pas bien. Sors mon sténopé, regarde d’où photographier, suis bien comme tout, tranquille dans toute cette beauté, tellement à portée. J’ai mon pantalon sans poche, ai laissé ma veste dans la voiture, il fait si bon. Au moment d’ouvrir l’obturateur manuellement, je m’aperçois que j’ai laissé mon mini tournevis en haut. Rage. Ça m’est déjà arrivé une fois, et pareil, c’était après avoir traversé difficilement ces zones assez inhospitalières. J’avais alors eu l’idée que les trucs qui restent sur les boites de bière ou de coca devraient très bien remplacer le tournevis, et de ces boîtes il y en a partout souvent un peu cachées mais en principe là où on peut s’arrêter pour pêcher. Donc je commence à regarder et en trouve 2, j’arrache le petit truc. Et avec, dévisse mon obturateur pour pouvoir le faire glisser et laisser entrer la lumière dans la boîte, revisse l’obturateur qui sinon, s’entrouvre et voile la pellicule, et enfin le jette dans mon sac. Je dois en avoir maintenant 5 ou 6 de ces mini tourne-obturateur, dans les différents sacs, pantalons, vestes, la voiture, mais apparemment pas encore assez. Je reste là tout l’après-midi à explorer cette partie rocailleuse et assez différente des autres endroits que j’ai photographiés. Chimayo, un autre jour.

Le soleil disparaît derrière la colline, il sera trop tard pour aller prendre en photo un autre endroit plus loin que j’avais repéré en allant à Santa Fe, là où il y a les grands arbres. Je rêvasse encore un peu, aperçois un pêcheur vais le regarder, il n’attrape rien. En remontant vois la deuxième inscription sur roche.

Repars pour Taos.

Coucher de soleil limpide sur l’immense plaine grise, buissons de sauge à peine verte, gris-bleu peut-être. Nuit arrive. Eblouissement, silhouettes fines, traces d’avion sur le noir de la terre. Effacer les imprécations ?

 

51 – Harwood Museum, Dwayne Wilcox, Weaving Southwest, State Route 150, Middle Rd, Hondo Seco Rd, Fin du Jour

Visite du Harwood Museum
Dans la collection permanente, tableaux des artistes de Taos du XXème siècle Henry Cady Well, pour la Morada. De nombreuses femmes dans la collection permanente dont Dorothy Brett pour le tableau des 3 femmes.

Il ya aussi une exposition des dessins de Dwayne Wilcox, indien Lakota. Sur son site il dit :
« why lined paper?
« Beads, cloth, paper… all of which have been introduced around the same time, and it was at a period when natives of the plains were losing their homeland to new conquers and their refusal to give up the right to be free caused many to be imprisoned. Many of the earliest ledgers were done during incarceration. Like bead work, it has become a medium for a traditional style. »
and
why humor?
« In the Lakota tradition there is the Sacred Clown and what drawing reflect that humor, I see that as part of the old values of traditional life ways. »

Inverser le point de vue, utiliser des crayons de couleur et des pages de cahiers d’école. J’adore!

Au 1er étage, des broderies et des peintures sur verre de Rebecca Salsbury James qui habitait Taos, et encore une collection de toutes ces représentations de saints,  de Christ, de Vierges, de Morts avec ou sans carriole, toujours aussi naïves et colorées, mais l’hacienda  Martinez en était remplie et je ne veux plus voir cette Mort qui vient d’emporter Narda et Séverin. Elle est trop présente dans nos vies pour la regarder dans les musées.

En me promenant, un peu d’air, mieux respirer,  j’entre par hasard dans une immense galerie consacrée aux tissages, tapisseries et tapis: Weaving Southwest.

La fondatrice de cette galerie est Rachel Brown, me dit sa petite fille qui me présente les oeuvres de certains artistes et m’explique les différentes techniques et parle avec admiration de sa grand’mère qui était elle-même tisserande et continue de dessiner des projets tissés par d’autres. Il y a 5 ou 6 tapisseries assez petites que je trouve très belles. Elle me dit que c’est une artiste du Colorado qu’ils exposent depuis 5 jours. Et qu’elle est aussi relieuse d’art et utilise dans ses créations des points de reliure. Je lui dis qu’une de mes sœurs est licière et une de mes filles relieuse d’art. Toutes les laines sont teintes à la main, beaucoup avec des colorants naturels. Certains des artistes ont été des élèves de Rachel Brown. On a une vraie impression de passion pour cet art et pour chaque artiste qu’ils présentent et connaissent personnellement.

Encore une fin d’après-midi entre brouillard et soleil, je ne résiste pas et repars vers le nord alors que je pensais rentrer tranquillement et lire. C’est en fait déjà bien tard. Les ciels changent très vite. Fascinée par la relation entre ces mesas aux lignes très strictes, géométriques, les montagnes aux courbes effacées par les brumes, les nuages neigeux, les brouillards, tout ça très mouvant mais essentiellement dans une gamme monochrome du noir au blanc, avec juste les tonalités de gris qui varient du chaud au froid.

Des ciels pas vrais.  A vrai dire mon appareil était passé sur la position crépuscule sans que je remarque, ce qui fait curieusement basculer les couleurs.  Pas tant que ça tellement le rouge colore ce soir la tombée de la nuit. Fin du jour.

50 – Timothy O. Sutherland, Cow-boy et Machine à Café, Robbie au Caffee Tazza, Blurb

La voiture à la fenêtre disparaît sous la neige. Pas très froid.

Je lis Ed et ses cartes postales en tous genres, mais presque toujours un peu en colère, ça me rassure. Y’en a d’autres. Le plus surprenant c’est qu’il a écrit tout ça entre 1949 et 1989,  avec la même urgence que celle d’aujourd’hui.

Rendez-vous avec Robbie au Caffee Tazza. En y allant, court arrêt chez Tim O. Sutherland, photographe et qui propose des impressions digitales. On parle comme d’habitude digital et argentique, me montre sa dernière acquisition un Sony qu’il trouve très très bon et  me montre une grande photo panoramique en noir et blanc, winter sunrise over Taos Mountain dont la qualité est surprenante. Nous échangeons nos cartes et lui dis que je reviens plus longuement après le rendez-vous.

Robbie est déjà là. Les mêmes cow-boys que l’autre fois, l’un, avec casquette, est en train de prendre des photos d’une ancienne machine à expresso italienne en cuivre qu’il veut vendre sur ebay. Il est comme chez lui, astique le cuivre, essaie différents emplacements pour prendre la photo, discute du prix qu’il compte en tirer avec son ami. Peut-être est-il chez lui, après tout.

Avec Robbie, on parle livres photos, je lui rapporte les deux sur Venise qu’elle a  auto-publiés sur Blurb, et il y a aussi celui-ci.

C »est vraiment bien cette possibilité, qu’utilise aussi Carolyn pour ses pièces.  On en vient à nos filles. La difficulté pour tous nos enfants de gagner leur vie à la mesure de leur travail, de la cherté des loyers etc… Je lui parle de la visite à T. O. Sutherland (j’ai un peu de mal avec le passage immédiat au prénom) et on décide d’aller le voir. Il est avec un autre photographe, je montre à Robbie le panoramique magnifique. Tim lui montre le Sony. Discussion technique, Hasselblad, Leica, Rolleiflex.

Je regarde les tirages: en particulier des portraits, que Tim est en train de préparer pour sa prochaine exposition. Et puis son livre sur de l’ouest américain. J’allais oublié, au moment où nous sommes entrées, il me dit: « Ah! Tout le temps de ton rendez-vous, je l’ai passé sur ton site. Les couleurs j’aime pas trop. Ah! Si la Patagonie », je souris, comme par hasard mais il l’avait remarqué, ce sont des négatifs que j’ai scannés, « mais les noir et blanc, chapeau! Les ombres et tout, c’est très beau. » Je ne peux pas m’empêcher de lui dire que c’est aussi mon avis, en rigolant bien sûr… pour ne pas avoir l’air…  de quoi d’ailleurs? On prend rendez-vous pour des tirages éventuels.

Il est 1h, je rentre, déjeune, range un peu, lis, Robbie me dit qu’elle a changé son site. Je regarde et oui il est drôlement bien. Il y a un de ses livres d’artiste qui me plaît beaucoup. Elle m’a justement proposé un échange. On va voir.

3h et demi, départ pour le nord de Taos. La lumière est presque comme hier. Soleil, brume.

Le soleil est couché. Juste pour rappel de ce qui a eu lieu, plein ouest une ligne claire différente chaque soir on dirait, tenant du rose, ou du jaune, ou ivoire, tremblotante et  liquide, ou rouge, ou verte, blanc neigeux, ou mauve, ou grise et qui « sombre » elle aussi, nous laissant seuls avec nos phares. Rentrer bien au chaud dans la voiture et la nuit, quel plaisir. Voilà Taos avec ses lumières, et en arrivant, les 2 casitas éclairées, mes voisins sont là.