69 – Chaco Canyon

Très vite la route est absolument incroyable. Quelques très rares ranches une voie de chemin de fer qui longe puis traverse la route, des vaches au loin, des successions de mesas et de canyons, quelques arbres, 3 voitures croisées. L’espace ocre, pâle, ou couleur sauge, quelquefois presque rouge et dans la voiture la musique.
Lumière très forte. Contemplation. Cette femme qui visite les moutons, cet homme à moto, et moi. La piste maintenant, pas si mauvaise. Oui c’est rocailleux ou argileux, et à chaque brusque petit sommet je vois bien que quand c’est mouillé ça doit être impossible. Mais aujourd’hui, juste faire attention. De la rigolade.

Prudemment j’arrive en vue de Fajada Butte. A l’entrée il y a un pont sur la rivière à sec. Je m’arrête, belle vue sur l’ensemble du site. En revenant à la voiture je regarde vers la rivière: 5 daims ou wapitis, tranquilles en train de me regarder. Photo malgré l’ombre, ils s’éloignent sans se presser et passent dans le soleil. Il est un peu plus de 18h, juste le temps de visiter la partie basse du site: Pueblo Bonito, Pueblo del Arroyo.

Le soleil va se coucher, je regagne la route avec 2, 3 autres retardataires. A l’ouest, à ras des bords du canyon le soleil, à l’est la lune.

La suite… Le retour avec la lune.

 

 

68 – Jean-Pierre s’en va, Acoma, Grants

Jean-Pierre part à midi d’Albuquerque. Nous y sommes vers 10h30. Adieux. Et presque à chaque fois j’entends alors Gérard Philippe dans Lorenzaccio:
– « …  des adieux, des adieux sans fin, les rives de l’Arno pleines d’adieux ! – les gamins l’écrivent sur les murs;… »

La 25 north puis la highway 40 west qui va vers Gallup, Flagstaff et qui passe pas très loin du pueblo Laguna que nous avions visité avec Cécile et d’Acoma où nous n’avions pas été, trop loin pensions-nous.

Quitter la grande route, rouler jusqu’à Acoma, les cottonwoods, les mesas, le sable ocre rose, le lit de la rivière à droite à sec, gris beige, et il faudra que je sois très près de la mesa, pour voir la silhouette allongée du village, les maisons, l’église, de la couleur des roches et de la terre. visitor center, ticket, bus toutes les heures pour y monter.

Y aller seul? Impossible sans connaître quelqu’un de ses habitants. Toujours le panneau: No visitor beyond this point.Alors nous visiterons avec Conrad, notre guide. La vue et l’église n’en seront pas moins belles, le plaisir par contre moins plein.

J’aurai quand même le temps de me renseigner sur Chaco Canyon,- « Par où vous passez pour aller à Chaco Canyon?
– « On peut y aller en prenant la 40, contourner par l’ouest Tsoodził, the turquoise mountain, ou le Mont Taylor, comme vous l’appelez, après Grants la 605 north jusqu’à White Horse, plus de route en face, prendre vers l’ouest et à Seven Lakes, la piste plein nord jusqu’à Chaco Canyon. »

Avant Grants je vois un visitor center, y vais demander confirmation de tous ces renseignements. 3 rangers sont là. Ils sortent une carte et tracent la route qui correspond exactement aux explications de Conrad.
– « Et la piste, est-ce que je peux la prendre, j’ai une voiture « normale », pas un 4/4? ».
Un des rangers téléphone à Chaco Canyon.
– « C’est bon, me dit-il, la piste est très sèche et ils ferment au coucher du soleil, à 19h30 »
– « Combien de temps il faut? »
– « Oh, vous allez mettre entre 1h30 et 2 heures. »

Parfait. Je fais le plein d’essence et d’eau, j’ai 2 vestes derrière, bonnet, gant, pull, des raisins et des amandes (ce sont les habitudes d’ici, il fait froid la nuit et sur certaines routes on ne croise pratiquement personne.)

Bon, évidemment je me perds dans Grants, me retrouve dans une vague rue avec dans une sorte de casse des restes de camions, wagonnets, extracteurs (?), plus loin un ensemble de bâtiments qui lui a l’air encore utilisé. Probablement pas car les mines d’uranium ne sont plus exploitées depuis les années 80. Je continue et arrive vers un café, un immense type, maigre et costaud, en train de monter dans sa voiture. Lui fais signe. Il s’arrête, je lui demande la route.
– « Vous connaissez la route pour Chaco Canyon? »
– « Chaco canyon, connais pas, je connais Zuni canyon, Chaco ça me dit rien. »
– « J’ai une carte ».
– « Oui je peux voir. » Il situe où on est, voit le tracé jaune des rangers et m’explique comment retrouver la bonne route et ajoute:
– « Faites attention, vers Seven Lakes on voit pas bien l’embranchement. »
Il doit penser si elle peut se perdre dans  Grants, elle est pas arrivée. En fait c’est plutôt ma légère angoisse devant ce trajet que tout le monde m’a décrit comme très aléatoire. Mais ne pas se dégonfler, juste me concentrer. C’est parti.

La suite au prochain numéro…

 

67 – Katya Bonnenfant et Kota Ezawa, Le Rio Grande, 502 et 503 roads, la Terre des Tamayame, Sandia Mountain avec Jean-Pierre

Nous partageons la table du petit déjeuner avec un jeune couple. Ils parlent Anglais, tous les deux avec un accent, français il nous semble pour elle et plutôt allemand pour lui. Au bout d’un temps, elle se tourne vers nous: « Mais vous parlez Français », « Nous sommes français comme vous, non? » Ils sont tous les deux artistes, elle habite Lyon, lui San Francisco et il est moitié japonais, moitié allemand. Ils se sont rencontrés pendant une résidence en Allemagne. Ils sont peintres, mais écrivent aussi et utilisent la vidéo. On sympathise, on discute.

Pour vous les présenter,
ces films sur tous les deux, Odessa Staircase Redux
puis Katya Bonnenfant etKota Esawa.

Le très haut pont sur le Rio Grande, on descend dans les gorges, longe la rivière jusqu’à Pilar, en s’arrêtant de temps en temps pour montrer à Jean-Pierre les endroits que j’ai préférés.

On prend la haute route de Taos qui passe par Las Trampas et Truchas. La neige tombe à nouveau. Des averses brusques. Le soleil qui perce parfois, la lumière devient étonnante. Jean-Pierre décide de continuer par des petites routes jusqu’à l’hôtel où nous passerons la nuit, la 503 puis la 502. Nous passons dans des terres retirées, hameaux qui paraissent désertés, pourtant des voitures sont garées devant les maisons, prairies, vaches, sierras, canyons, le gris vert de la sauge, les bruns pâles ou sombres, les ocres et les roses des terres, blanc neigeux des sommets, rouge éteint, bleu pâle, mauve, jaune assourdi des maisons, les corrals souvent délabrés, les barbelés, eux bien entretenus, aux limites des réserves, le ruban étincelant d’un rio traversé ou longé un temps.

C’est ce mélange de signes d’un passé de pionniers et d’une présence humaine pourtant imperceptible, si on peut dire, de terres à l’infini, qui paraissent inchangées, qui me plaît ici. L’impression que la dureté et la rudesse constituent ce pays tout autant que la beauté des ciels, sans cesse changeants, et des paysages effarants de variété. Rien n’est pittoresque, trop banal, trop particulier, trop laid ou trop beau. Oui finalement l’excès en tout comme dans cette manière américaine de s’exprimer, enthousiasme d’autant plus excessif qu’il ne connaît pas la fatigue d’une longue histoire, peut-être?.

Ciel gris brusquement déchiré par le soleil en train de descendre à l’horizon pour arriver à l’hôtel situé sur la terre des Tamayame, près de Santa Anna pueblo. A l’est la pleine lune au-dessus de la ligne des arbres roussis par le soleil couchant pour adoucir notre dernière promenade? Jean Pierre repart demain. La rivière derrière…

66 – Ancient Alive, Red River, Eagle Nest, Wheeler Peak, James « T Model » Ford au Shadows, Gombo Project et Baptiste Russell à l’Alley Cantina

Après le petit déjeuner, je montre à Jean-pierre où j’habite. La fameuse casita 9s, son chauffage à gaz, sa cuisine claire et l’immense pièce avec le piano « Würlitzer ». Pendant que Jean-Pierre lit ses mails, je fais un café, puis nous partons faire un tour de la plaza et de Bent Street. Rendons visite à Jocelyn Martinez, peintre et qui vend aussi dans sa galerie « Ancient Alive »  des bijoux, des peintures, des gravures, des poteries faites par d’autres « native artists ». Repas chez Graham’s.

Nous partons vers le nord de Taos pour « faire » l’Enchanted Circle,  qui passe par Questa, Red River et Eagle Nest puis redescend par la HW64 vers l’est de Taos. Partis sous le soleil, le parcours nous déçoit.

Bientôt la brume, la neige, des nuées sombres ou japonaises » enchantent » les paysages. Animaux et hauts arbres si sombres sur le blanc laiteux des champs.

 

Rosi de brume, le rouge incongru des saules le long des rios, d’ardoise brillante on dirait, et traversés d’éclats étincelants dans une brusque déchirure des nuages. Tout en haut, un troupeau de chevaux. La boue, les maisons éparses, le Wheeler Peak de partout visible et qui culmine à plus de 4000m, l’espace dont le blanc de la neige efface les limites, un ranch, rendent encore plus sensibles l’éloignement et peut-être l’isolement de ces vies sauvages, rudes.

Descente sous les flocons.

 

 

 

Un thé pour se réchauffer et nous passons chez Taos Sound, le meilleur disquaire de Taos, se renseigner sur les bons endroits de musique pour ce soir.
Le disquaire sort pleins de cd à écouter et JP en choisit 2. Puis il nous dit qu’il y a un concert exceptionnel  au « Shadows », avec un très vieux bluesman du Mississipi, 90 ans et encore surprenant: James « T Model » Ford.
Nous parle ensuite d’un groupe: Gombo Project et Baptiste Russell qui joue à l’Alley Cantina. En avant, pour la musique et ce sera bien.

Nuit étoilée pour rentrer chez Mabel Dodge.

65 – Arrivée de Jean Pierre, Albuquerque, la Chambre d’Ansel Adams, Mabel Dodge Luhan House

Aujourd’hui, Albuquerque pour accueillir Jean-Pierre qui arrive de Denver. Départ à 14h avec cd enegistrés en dernière minute pour la route. Ecouter Alela Diane, James Keelaghan, Andy Spillane, Paul Mousey, Capercaillie, John Surman, Leszek Mozdzer et Lars Danielson sur ces routes américaines, au chaud et – il faut le dire – au large. Traversée de villes banales aux noms de toutes origines, La Cienega, Dixon, Velarde, Ohkay Owingeh, Pojoaque, Camel Roc, Tesuque, Algodones, Sandia Crest…, échappées somptueuses sur le Rio Grande et les cottonwoods,  sur les Sangre de Cristo aux sommets enneigés et la Sandia Mountain.

Avant de partir, en promènant le doigt sur la carte, j’avais envie d’énumérer ou plutôt d’évoquer tous ces noms, sorte de voyage immobile, et relire ce poème de Baudelaire:

« Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Dites, qu’avez-vous vu ? »

Autour de santa Fe, plein de voitures. Quand Jean-Pierre m’appelle de l’aéroport, je suis encore à 40 km d’Albuquerque. On convient de se retrouver sur l’ancienne plaza, près de l’église. Finalement, j’arrive presque en même temps que lui. Nous mettons sa valise dans la voiture. Café, nouvelles, petit tour en vieille ville et nous repartons pour Taos.

Dîner au Doc Martins, juste à côté, où ce soir, la musique ne nous passionne pas. Rentrons sagement nous coucher dans la chambre Ansel Adams, là où Dennis Hopper a écrit le script d’Easy Rider.

Chaque chambre a le nom des amis de Mabel Dodge qui venaient la visiter: Georgia O’Keeffe, Dorothy Brett, Nicholai Fechin, Frieda Lawrence, DH Lawrence… Une, juste à côté de la sienne est celle de son mari indien, Tony Luhan.

Cette maison de Mabel Dodge Luhan est à la fois un musée et un hôtel. Côté ville, nous sommes à 200m de la plaza et côté jardin, directement sur la lande, derrière la Morada, qu’on aperçoit au loin à droite en se penchant un peu, et sur la pointe des pieds, pour moi.

64 – Rio Hondo, Taos Ski Valley, Valdez, Soleil du Soir

Neige à nouveau.
Partir vers Arroyo Seco.

Suivre le Rio Hondo, enchâssé de neige.

Montervers la Taos Ski Valley, voir la neige commencer à tomber fort, avoir peur.

Vite redescendre par Valdez, vallée protégée par ses montagnes.

Reprendre la vers Taos.

Retrouver les chevaux de l’autre jour, hier.

Drôle de journée avec neige, brumes, éclaircies. Le soir ensoleillé, de la fenêtre, regarder encore.

 

 

63 – Chez Caryn et Mark, Pêche à la Mouche, Allergies, Hobo, Destins parallèles, le champs

Au nord de Taos, avant de raconter le dîner d’hier, j’ai envie de vous montrer ce champ là, qui me fascine chaque fois que je passe, aujourd’hui à pied.

Hier soir, chez Caryn et Mark, dîner avec crabes, paella, salade, gâteaux, tout absolument délicieux. Nous étions 6 et ce fut une bonne soirée, malgré un début de conversation, à propos du menu, sur toutes ces allergies d’aujourd’hui, en particulier celles par lesquelles on risque d’étouffer. Les fruits de mer avaient évidemment la part belle dans ces récits. Quand j’ai vu la taille – magnifique – des pinces de crabes, j’ai commencé à penser que ce soir, ça allait être mon tour. Caryn nous avait judicieusement précisé que dans ces histoires d’allergie, la crainte pouvait servir de catalyseur. Peur donc. Au milieu du repas – j’avais pris soin de d’abord me régaler de paella et de salade – j’entame les pinces. Voilà qu’il me semble que ma bouche gonfle, est-ce que ça va gagner la gorge? Malgré ma volonté que tout se passe au mieux, serais-je obligée de déranger? Je me concentre sur le côté délicieux, sur la conversation avec toute une partie sur la pêche à la mouche mais je ne me rappelle plus bien, me répète quelle andouille tu es, ça ne t’ai jamais arrivé (Pas vraiment un bon argument) etc…  Le repas continue, la conversation aussi, grâce à quoi, j’en suis sûre, la petite gêne, probablement psychologique, comme on dit, restera négligeable, poliment en retrait.

Maintenant que je sais que certain(e)s de Taos utilisent la traduction google (qui d’ailleurs raconte quelquefois une histoire différente de celle que j’ai écrite) pour lire le blog, je resterai très discrète et ne raconterai qu’une seule chose belle comme un conte:

Il était une fois Caryn et Mark.
Ils se connaissent depuis le collège mais il a une petite amie qui est justement la fille qui partage la chambre de Caryn.
Ils deviennent amis inséparables et en toute amitié font plein de trucs ensemble, balades, musique, 400 coups…
Plus tard, ils habitent, à 5 miles l’un de l’autre tout à fait au nord près du Canada, dans l’état de Washington. Pratiquement personne n’habite dans ces froides immensités! Ils ne s’y rencontreront pas. Auront-ils rêver l’un de l’autre, là-bas, en toute proximité ignorée, en toute beauté?
Il part vivre à Chicago épouse une femme écrivaine, ils ont des enfants.
La vie continue. Ils s’écrivent de loin en loin.
Caryn retourne à San Francisco.
Un jour, Mark décide d’aller voir Caryn là-bas, en Californie.
Parenthèse: Il fut un habitué (un peu
hobo) des trains qu’on prend sans payer, souvent en discutant avec le chauffeur. Les conducteurs de train aiment ça en général parce qu’ils souffrent d’être si seuls. Dans l’ouest en tout cas, et la police très cool. Sur tous les voyages qu’il a fait « en hobo », une seule nuit en prison. Lui, comme les autres, passaient au tribunal mais le jugement se résumait presque toujours à: « Quittez la ville avant midi. » Exactement comme au cinéma! Je n’en crois pas mes oreilles. Les seuls flics qui l’avaient jeté en prison lui avaient d’abord commandé un repas. Quand le lendemain il repart à la gare se renseigner sur le train qui va dans la bonne direction, le conducteur lui indique comme d’habitude la bonne voie. Après, tu prends le train en marche, généralement de marchandises et on te laisse une porte de wagon ouverte! Donc en allant à la gare, il croise 2 autres hoboes, (le « e » je suis pas sûre, mais flemme de vérifier). Il leur dit: « Faites gaffe il y a 2 flics pas loin », et raconte son histoire de pizza et de nuit en prison.
– « Ouah, disent les 2 mecs, c’est ça qu’il nous faut, on a rien bouffé depuis hier. On y va. »

Arrivé à San Francisco, très tard et complètement à l’improviste, il va directement chez Caryn. Ce soir-là, elle est avec un petit ami. Il repart.
Des années plus tard, Caryn, séparée, habite à Santa Fe, Mark divorcé, à Taos ou le contraire. En tout cas, après 2 ou 3 ans au Nouveau Mexique, ils se croisent à une fête sur la plaza, et… décide de vivre ensemble, ont des enfants, se marient. Ici  où nous sommes en train de dîner, dans leur superbe maison en adobe, un peu labyrinthe. Pas d’étage et serpentante, oui c’est plutôt comme ça qu’on pourrait la qualifier. Bien à plat, au bord d’une mesa, avec la vue. Chaque espace, pas trop grand donne une impression d’intimité.

Au mur, dans la cuisine salle à manger, les masques étonnants que Caryn collectionne. Ils viennent tous d’endroits différents et chacun a son histoire.

On se quitte en s’embrassant ou plus exactement en se serrant dans les bras, (hug) comme tout le monde fait ici. Et ici ça va, car on a l’impression de se connaître plus qu’on ne se connaît.

Aujourd’hui donc, très longue balade a pied vers le nord de Taos. Toujours ce mélange incongru de signes religieux, d’originalité déclarée, de maisons cabanes, d’urbanité marchande. Ça doit pas vouloir dire ce que je crois, tant pis c’est joli et il est très tard encore ce soir.

Je vais dormir. Je chercherai un autre jour!

 

62 – The Gatekeeper, Meg Hutchinson, Jean Baudrillard et Amérique, Questions Photographiques

Lundi, envie de traîner, cherche sur internet la chanteuse dont j’ai entendu un interview samedi dernier sur Radio Santa Fe: Meg Hutchinson. Elle a en particulier raconté l’histoire d’un type qui empêchait les gens de se suicider en sautant du Golden Gate Bridge à San Francisco. En a fait une chanson The Gatekeeper.

Je suis en train de lire de Jean Baudrillard, Amérique.  Dans la vidéo, après une présentation un peu longue, Baudrillard parle de photo.

Il écrit: « Au fond les Etats-Unis, avec leur espace, leur bonne conscience brutale, y compris dans les espaces qu’ils ouvrent à la simulation, sont la seule société primitive actuelle. Et la fascination est de les parcourir comme la société primitive de l’avenir, celle de la complexité, de la mixité et de la promiscuité la plus grande, celle d’un rituel féroce, mais beau dans sa diversité superficielle, celle d’un fait métasocial total aux conséquences imprévisibles, dont l’immanence nous ravit, mais sans passé pour la réfléchir, donc fondamentalement primitive… La primitivité est passée dans ce caractère hyperbolique et inhumain d’un univers qui nous échappe, et qui dépasse de loin sa propre raison morale, sociale ou écologique. (…) En Amérique, l’espace donne une envergure même à la fadeur des suburbs et des funky towns. Le désert est partout et sauve l’insignifiance. »

Pas mal, ce lien entre l’espace et une société du futur dont l’évolution nous échappe. Ce qui me semble étrange c’est que jusqu’à maintenant la vieille Europe, entre autres pays, tout en vilipendant cette société, marche sur ses traces. En adopte souvent les manières, les modes, la brutalité économique, sans l’espace fondamentalement constitutif des Amériques, qui laisse respirer, survivre d’innombrables niches, marges incontrôlées, éléments échappant encore à la toute puissante règle de la consommation qui épuise le monde? Comment faisons-nous en Europe? Pareil?

La photo argentique était (reste sporadiquement) une forme de ce pas de côté. Lenteur, économie de pellicule, regarder au lieu de prendre. Sans doute est-ce pour ça que j’ai toujours un peu de mal à dire « prendre une photo », même si je sens bien ce qu’a de prédateur le fait de photographier. Pêcheur ou chasseur donc. D’où aussi l’expression et la revue: chasseur d’images que je n’aime pas.  J’ai toujours pensé que les images ne se chassaient pas, elles se trouvent là, tranquilles et en général les meilleures viennent à vous sans qu’on sache vraiment comment la rencontre se fait mais en tout cas le geste le plus pur sera alors comme celui du pêcheur à la mouche, très patient et très préparé, mais avec la disponibilité souple et absolue du moment. Comme ces pêcheurs aiment à le répéter, faut être zen! Justement ce soir je vais dîner chez Caryn et Mark, et ils ont invité un pêcheur à la mouche et c’est exactement ce qu’il nous dira.

Qui penserait au mot affût pour un pêcheur pourtant toujours à l’affût?

Autre divagation ou promenade de la pensée. Nous sommes passés à l’ère digitale et je sens bien comme la consommation nous prend immédiatement en traître, en laisser aller, en consommation. C’est tellement économique, ça coûte rien. Au bout d’un certain temps on réagit, on se dit il faut freiner, arrêter cette orgie de photos, des milliers, des millions. Comme dans la vie le tri des déchets après, au lieu d’une économie préalable.

Fin de logorrhée.

Action, 16h00, le rio Grande de Ranchos  pour une tentative neigeuse. L’eau et la neige sur une pellicule argentique en noir et blanc. Histoire de se contenir. Eviter le gaspillage. J’ai bien du mal!

Je vais ensuite directement chez Caryn et Mark qui habitent tout près de là et m’ont invitée à dîner. Mais je me perds, erre un bon moment avant de les trouver!

A demain pour la suite.

 

 

61 – Développement, les Villes, Jazz chez Manu, Ukraine

Levée tôt, scotche le rideau noir dans la salle de bain, installe mes récipients, mets les produits à 20 degrés Celsius tiens y’a pas le petit rond qui évite d’écrire degré Celsius, en plus il est en fahrenheit!. Et enfin m’y mets. On comprend l’engouement pour le tout digital, Ça va me prendre 3 heures pour développer 4 pellicules. Bon déjà y’a des images. Plus tard, en scannant les négatifs ou en tirant les photos, on saura si c’est bien. Quelques unes me plaisent, comme ça au vague coup d’œil.

Regarde une fois de plus l’histoire de sable d’Ukraine, vraiment  étonnante, que Charles m’a envoyée.

Courte sortie pour profiter du beau temps et puis discussion avec Kristof qui a regardé sur google earth Taos, et d’autres villes pour voir et cela lui donne envie d’écrire sur les villes qui se dessinent dans un temps et un espace donnés. Tiens ça me fait penser au livre d’Italo Calvino, paru il y a bien longtemps et que j’avais tellement aimé.Il me dit que la cave Romagnan où il va souvent, et où son ami Manu fou de jazz organise des concerts, est obligé d’arrêter. Hier a eu lieu le dernier concert. Enormément de monde. Une pétition circule. Peut-être, qui sait? Aura-t-il à nouveau l’autorisation.

Bon je vais rejoindre les autres pour notre dîner du dimanche. Sur le chemin pour se donner de l’appétit, cette glace délicate comme un caramel sur les oeufs à la neige de mon enfance.

Aujourd’hui, on n’a pas trop d’entrain, alors on parle films, théâtre, acteurs, et on rentre tôt. Y’a des jours sans.
Je vais en profiter ce soir, lire au lit ou regarder le film que m’a prêté Pamela, Corporations. Sous les couvertures, le portable sur les genoux, pas mal.

Vous allez pas tardé à vous lever, de l’autre côté de l’Atlantique. Bonjour!

 

 

60 – Printemps, Rio Pueblo, Glace et Saules Rouges, l’Aigle

C’est le printemps, ciel bleu tranchant. Vite mes affaires, la neige ne va pas tarder à fondre. Sur la route, un chien inquiet, il n’aboie pas, regarde de tous cotés.
Chien perdu avec collier ?

Je retourne aux endroits que j’avais repérés sur le Rio Pueblo de Taos. Absolument seule sur le chemin, encore enneigé. Retrouve le premier endroit, descends jusqu’à la rivière.
Certaines branches qui dépassent de l’eau, des rochers tournés vers le nord sont dans une gangue de glace, transparente brillante ou d’un gris légèrement opaque. Pourtant le printemps est là.


Photos, remonte le long de la rivière, repars vers le bas, m’arrête, grignote, bois le café que j’ai apporté. Sans que je m’en sois rendue compte, cela fait plus de 5 heures que je suis là.

En arrivant en haut du chemin, je m’avance vers le canyon, à quelques mètres, brusque envol, devant moi passe un très grand oiseau noir, je pense un aigle, il s’éloigne, disparait. Derrière l’arbre d’où il s’est envolé je vois un bout de carcasse sanglante, avec des restes de peau brun clair d’un daim ou d’une biche ou d’un wapiti. Je m’assois un peu plus loin, il va bien revenir. Non, une voiture passe de l’autre coté, 4 personnes en descendent. Ils discutent, mangent un morceau, s’éloignent. J’attends encore mais lui aussi rassasié, il doit être. Me verrait-il ? Moi je ne vois rien dans ce chaos. Et l ciel absolument vide.

Retour. Je sors les produits photos et commence à tout préparer pour développer les pellicules. Vérifier un peu ce que j’ai fait depuis l’arrivée. Rencontre Carolyn en allant au Walmart pour acheter le thermomètre. On rentre ensemble et bien sûr discutons jusqu’à plus d’heure.

Développement des pellicules? Manana.